par Sam
Je pourrais pardonner mille fois à toutes ces personnes que j’ai aimées. C’est plus facile de pardonner, on souffre moins de la douleur du feu que de la haine. Oui, je pourrais tout pardonner, j’ai assez de mémoire pour créer de nouvelles aventures, une nouvelle histoire à mes souvenirs. Je peux pardonner, mais il y a ce moment où l’on apprend que pardonner, c’est oublier ce qu’on sait. L’oubli est une merveilleuse invention, il permet de se libérer de tout, mais au fond, dans ce corps, s’enterre la vie, et elle ne veut qu’une chose : vivre. Tout le reste n’est qu’un spectacle à contempler pour pardonner ou oublier, mais la vie, elle, continue sans s’acharner sur le passé.
Car si la mémoire oublie, le corps, lui, se souvient. Et chaque pardon qu’on accorde creuse en nous une cicatrice qu’on ne montre jamais, une douleur invisible qui ne disparaît pas. On croit avoir tourné la page, mais le poids de ce qu’on pardonne finit toujours par nous rattraper. Et ce jour-là, on réalise qu’on n’a jamais pardonné aux autres, mais qu’on attendait simplement de se pardonner à soi-même.
L’ambiance était posée comme un costume de scène, et le ton était donné. Musique rap avec un vocabulaire qui met tout le monde au même niveau. On est tous égo, et l’attitude suit, avec un pas insolite, prêt à dégainer sur le premier qui tire sa révérence. Ici, on appartient au froid de la pierre qui nous entoure. On ne quitte pas le quartier ; une fois qu’on est baptisé, c’est pour la vie. Une vie à aimer la violence, à flirter avec la haine, corps à corps jusqu’à vider l’origine pour planter de nouvelles racines. Celles d’un univers où survivre est un art, et où aller jusqu’au bout signifie que les valeurs n’ont plus aucun sens.
Les rues gardent nos secrets, nos cicatrices. Chacun de nous marche avec la fierté d’appartenir à ce coin de monde, même si l’envie de fuir se cache parfois derrière nos sourires amers. On prétend tous avoir choisi cette vie, mais en vérité, c’est elle qui nous a choisis. Le quartier te forge, te modèle, et finit par graver son empreinte sur toi, plus profondément qu’une marque au fer rouge.
À chaque coin de rue, on croise des visages familiers, mais on sait que chacun cache une histoire qu’il vaut mieux ne pas creuser. L’espoir ? C’est un luxe qu’on ne s’autorise plus. Le respect ? C’est la seule monnaie qui compte, mais il se paie cher, très cher. Et ceux qui ne tiennent pas le coup… finissent par disparaître.
On me dit que la misère ne rend pas violent on me dit des tas de conneries pour me bourrer le crâne mais j’ai bien vu que le fait de ne pas être entendu élève la colère plus haut que le mont Everest et la chute après ça s’accompagne d’un long silence.
Mais un jour, le doute s’installe, subtil d’abord, comme un murmure dans l’esprit. Le froid de la pierre ne réchauffe plus, et cette fierté d’appartenance commence à peser. Il se demande si cette vie qu’il a toujours connue, cette survie perpétuelle, n’est pas qu’une illusion. Quelque chose manque, quelque chose qui dépasse la rue et les lois tacites du quartier. Il réalise qu’il lui faut plus qu’un simple respect gagné au prix de la violence. Un but, un véritable sens. L’idée germe doucement, grandit à chaque regard sur ces murs qui se referment. S’il ne veut pas finir comme ceux qui disparaissent sans laisser de trace, il doit trouver une raison de se lever chaque matin. Ce n’est pas encore clair, mais il sait que ce cercle, il doit en sortir. La seule question qui reste : par où commencer ?
Les journées passent, mais quelque chose a changé. Chaque regard croisé, chaque sourire forcé, lui rappelle qu’il ne fait que jouer un rôle, qu’il est en train de se fondre dans un moule qu’il n’a jamais choisi. L’idée d’un but le hante, elle s’accroche à ses pensées. Pourtant, il ne sait pas encore ce que ça veut dire pour lui. Le quartier, c’est tout ce qu’il a connu, la violence, la peur, le respect — tout ça faisait partie de son quotidien, comme une seconde peau. Mais aujourd’hui, c’est différent. Les ombres des rues semblent plus menaçantes, comme si elles cherchaient à le retenir, à l’empêcher de voir au-delà.
Il se surprend à observer ceux qui ont quitté ce cercle. Quelques-uns, pas beaucoup, mais ils ont osé. Certains ont trouvé une porte de sortie, une échappatoire, mais à quel prix ? Il se demande ce qui les attend, là-bas, de l’autre côté. Plus il y pense, plus la peur d’échouer le ronge. Mais il comprend aussi que rester, c’est mourir à petit feu. Il a besoin d’autre chose, quelque chose de plus grand, de plus fort que le simple fait de survivre. Un rêve. Une raison de se battre autrement.**
Pour la première fois, il envisage l’avenir. L’idée fait mal, car elle implique de tout remettre en question, de s’arracher à cette identité qu’il croyait gravée dans la pierre. Mais le vrai courage, il le sent, c’est d’oser chercher ce but. Peu importe si le quartier le retient encore, il sait que quelque part, au-delà des murs de béton, il existe autre chose. Et il est prêt à tout pour le découvrir.

