Mis en avant

Pavel, le réfugié politique Cubain

– By Nour KHALFAT –

Un immeuble d’une centaine de Sud-Américains a été vidé par les CRS, il y a une dizaine de jours à Saint-Ouen. Le premier jour Louiza, une photographe engagée, toujours sur le terrain et aux fronts. Elle nous sollicite en urgence pour les aider…Nous arrivons le soir même à proximité de la mairie de Saint-Ouen, le coffre plein de produits d’hygiène. mon cousin et moi ne trouvons pas le lieu, nous cherchons, nous demandons aux passants…rien. J’appelle Louiza…personne. Je gare la voiture…inquiet. Nous allons repérer les lieux, nous marchons du coté du Mc Donald…rien. Je demande au groupe de jeunes virevoltant se vannant…rien.

Nous traversons la place…et là: Nous apercevons un groupe de personnes dans une sorte de camps, un matelas, un début de truc qui ressemble à un barnum, un chariot de carrefour Market rempli de bric à broc, plus tard j’apprendrai que ce sont les seules affaires qu’ils ont pu récupérer pendant l’évacuation musclée des CRS. L’ambiance est tendue, les visages sont fatigués et tirés, les oreilles collées au téléphone…il y a urgences.

Je ne me déplace jamais sans mon appareil, mon Canon Mark IV et mon 40/70. Cette petite boîte attise les curiosités et souvent les méfiances. La prudence s’impose… J’ai l’habitude. J’envoie des signaux amicaux, je salue et je sers les mains, je me présente, je cherche mon amie… Il est 21H la nuit commence à tomber, il fait bon pendant ce mois d’août 2019. “ Mais où vont-ils dormir.”…”…mais où est Louiza?…”

Le D.A.L est présent, des citoyens engagés de la ville vont et viennent, – les choses s’organisent – le barnum se monte, des matelas sont posés à même le sol….une vision “chaotique”… mais bon. “Je sors mon appareil? Je shoote? C’est pas bien? C’est du voyeurisme? Ils ne vont pas apprécier, c’est certain… Je donne mes produits? Mais à qui? mais comment?”

J’essaye de repérer et de prendre contact avec ceux qui ont l’air de prendre les choses en main, les leaders, certainement. Je sens une méfiance, je viens de comprendre qu’ils me prenaient pour un policier, le comble!

Et puis…je découvre un homme costaud, souriant, allongé sur un matelas à rire avec son copain. C’est “Pavel”, “une tuerie”. Un beau cubain de 53 ans, père de famille, réfugié politique. Un homme qui a la “banane”, il prend des cours de français dans une association Abajad Asso et parle avec un français à “couper des pastèques”… Nous échangeons en espagnol, anglais, “français pastèque”… Une histoire de vie incroyable.

Il a résisté au régime de Castro, avec quelques passages en prison. Il me montre fièrement ses photos de sa femme, ses enfants et de ses manifestations interdites. Il a fui au Surinam pendant 2 ans, avant de rejoindre la Guyane Française. Il est arrivé il y a 4 mois à Paris par avion. Il travaille, il a un statut de réfugié politique et pourtant… Il s’est bien fait expulsé manu militari de son logement temporaire sans le droit d’emporter la moindre affaire……deux ou trois caddies ont été sauvé.

l a eu le temps de visiter la Tour Eiffel, pris le Bateau Mouche et déambulé sur les Champs-Elysées: Il a fait son touriste. Sa femme et ses enfants lui manquent beaucoup. Il est fier d’être en France, il vante la France, il remercie la France… Il n’a plus rien mais il est toujours heureux “Que s’est-il bien passé à Cuba?”

Que dire de Philippe, un engagé de la première heure. Il me repère à me faire repousser, bousculer ici et là. Il vient spontanément à ma rencontre, il se propose de me présenter sa femme Cubaine et un couple de réfugiés avec leur grand enfant. Nous nous improvisons un coin au calme, je vais pouvoir les interviewer, les écouter les filmer et conter leurs histoires. Sous le regard bienveillant de Madame qui me traduit en français nos échanges. ” Mais où est donc Louiza?”

L’ombre de la paix ou avoir peur de la paix

-by Cathy Bou-

Faut-il avoir peur de la paix ? 

N’avez vous jamais expérimenté le silence et en avoir eu peur? 

Dans une discussion, avez-vous remarqué, quand vous vous taisez, combien le silence est pesant ? Aussitôt l’un d’entre vous le remplit de soupirs, de mots inutiles, souvent volatiles et parfois blessants.

Il en est de même avec la paix.

Deux pays voisins sont assourdis par le silence qui pèse entre eux et un jour vrombissent les avions de la mort, les armes à feu et les militaires.

Vous avez remarqué comme ils sont jeunes avec leur gueule d’anges, d’anges de la mort, ceux qui viennent juste de laisser leur mère ou une jeune amoureuse éplorée pour tuer des étrangers aux ordres de personnes qui se connaissent mais ne s’entretuent pas.

Voilà, faut-il avoir peur de la paix ? oui bien sûr quand elle est issue de cette idéologie, prétexte pour de jeunes gueules d’amour de tuer des étrangers.

“La guerre, un massacre de gens qui ne se connaissent pas, au profit de gens qui se connaissent, mais ne se massacrent pas.”

Paul Valéry

Avoir peur de la paix, c’est avoir peur de la guerre.

Comme la lumière accentue l’obscurité, la guerre ne serait-elle pas l’ombre de la paix ?

Et si l’une n’allait pas sans l’autre ? un duo infernal.

Quand la paix s’installe, la guerre se prépare et quand la guerre est là, chacun aspire à la paix.

Mais non dirait Spinoza

“La paix n’est pas l’absence de guerre, c’est une vertu, un état d’esprit, une volonté de bienveillance, de confiance, de justice.” 

Rappelez vous les jours de grand fracas domestique, quand vous vous exclamez : foutez moi la paix ! 

Ce n’est pas la guerre qui règne, juste le besoin de ce silence tant appréhendé.

La paix, c’est ce silence dans votre esprit, dans votre cœur celui qui vous permet d’entendre le murmure de votre âme. 

Comment pourrais je faire la guerre quand mon coeur en silence reconnaît le murmure de l’ âme ?

Ce murmure, c’est le bruit soyeux de l’amour, le cri silencieux de l’humanité pour la paix.

La paix vue par Bahia

-by Bahia Sellah-

Dans le silence de la nuit et le calme matin,

La paix se vit, la peine s’enfuit.

Dans la fin de la peur du lendemain,

Le renouveau fait son chemin, 

De vie, de liberté, de droits, seuls et tous ensemble, nous avons faim.

Dans les cris ou les murmures, 

La paix s’invite, la paix s’impose…

“J’ai décidé d’être heureux parce que c’est bon pour la santé” disait Voltaire, 

Pour ma part, moi, j’ai juste envie de faire la paix avec la vie, avec la mort, avec l’amour, avec toi, avec moi, avec tout le monde, avec personne… et aussi avec la terre, les embouteillages, le silence, le bruit, l’acide, le miel, les contrariétés, les réjouissances, la tartine qui tombe toujours du mauvais côté, avec tout et son contraire… j’ai envie de faire la paix à la paix comme à la guerre…

La paix, pas parce que c’est bon pour la santé, non… juste par instinct de survie, par amour de la vie, pour donner du sens à la vie.

La paix parce que j’aime ce qui est beau, par espoir, par volonté d’aller de l’avant, pour ne pas m’avouer vaincu, parce que “même-pas-mal” et “même-pas-peur”, pour donner l’exemple aux enfants, ceux qui le sont encore et ceux qui ont oublié qu’ils l’ont été…

La paix, par facilité, parce que j’aime la tranquillité, le calme et la simplicité mais aussi la paix, pour le challenge et par esprit de contradiction, rien que pour la satisfaction de voir la vérité éclater, les masques tomber et la justice réparer ce qu’elle peut réparer.

J’ai envie de paix,

Pour dessiner, agir, construire le possible,

Semer, faire germer les graines de lendemains meilleurs,

Faire grandir ces graines et le besoin vital de la vie qui l’emporte,

Rendre l’utopie réaliste,

Possible l’impossible,

Les rêves réalité

Rendre à la vie et à la nature ce qu’elle donne et ce qu’elle reprend en paix,

Chanter, peindre et honorer la beauté de la vie qui continue et a le dernier mot.

Oser, s’indigner, résister, céder, se révolter, être libre d’être, d’avoir, d’aller et de venir… ne se résigner qu’à être ivre de vie et de n’avoir envie que de paix et de respect, d’espoir, d’amour, de beauté, de joie, d’infatigables contemplations, d’innocence, de fantaisie, d’aventures, de découvertes, d’émerveillement, de paisible quiétude, de douceur et de sérénité. 

Ce n’est ni de la faute à Voltaire, ni de la faute à Rousseau,

si cet élan flotte dans l’air et, sans peine, se propage et se partage au-delà des mots.

Si partout avec “liberté, justice, amour et vie”, “paix” j’écris et espère ton nom,

Pour pouvoir, d’un mot, recommencer ma vie et être née pour te connaître

Pour te nommer, te rechercher, te défendre, te protéger et te partager.

Aspirer à la paix, espérer comme on respire.

Inspirer la paix, expirer l’amour

Soupirer de satisfaction, souffler la vie.

Artisans et acteurs de la vie,

Voyageurs de passage éphémère,

Aimez la vie comme elle vient,

“Tant qu’il y a de l’espoir, il y a de la vie”, de la vie à vivre et savourer sans modération.

Et comme disait Victor Hugo “Vous voulez la paix : créez l’amour”… histoire d’apprendre ensemble à cultiver la paix, ce bien commun aussi fragile que précieux, pour apprendre à vivre et partager ce qu’il y a de meilleur à partager.

La paix vue par Cathy

-by Cathy BOU-

“Que pouvez-vous faire pour promouvoir la paix dans le monde ? Rentrer chez vous et aimer votre famille !”

Mère Teresa

Ces quelques mots jetés là me font frissonner. “Rentrer chez vous et aimer votre famille.” c’est si puissant et si simple.

Connaître la paix avec soi et sa famille est le point de départ de l’aventure, la seule et unique qui mérite, à mes yeux, d’être vécue : la paix.

Pour cela, choisissons la tolérance, l’écoute et la compréhension de l’autre.

De cette écoute, naîtra l’amour, l’amour de soi, l’amour de l’autre. Quand j’écoute mon fils, mon frère, mon cousin, mon père ou ma mère, je me glisse dans sa vie délicatement. Plus j’écoute et plus je le comprends. Cela ne veut pas dire que je vis ce qu’elle ou il est ou que j’adopte ses pensées. Cela veut simplement dire que je l’écoute, que je partage quelques instants sa perception et je m’enrichis d’un autre point de vue, d’une autre vision. Peut-être par écho, les mots résonneront-ils dans mon cœur pour réveiller une part de moi?

L’écoute de soi passe aussi par celle des autres.

Combien de conflits familiaux s’embourbent par une absence d’écoute, de compréhension et de tolérance?

Comment pouvons nous vivre en paix dans le monde, si nous ne vivons pas en paix en soi ou avec nos plus proches, notre famille ?

Mère Teresa pose cela comme ça avec simplicité :  “Rentrer chez vous et aimer votre famille”. Cela me renvoie à ce retour à soi. Thich Nhat Hanh, le décrit autrement dans sa superbe citation “plus je cherchais la paix, moins je la trouvais. Un jour, je me suis arrêté et elle est venue se poser sur mes genoux.”

Faites en l’expérience.

Quand je suis agitée, je prends quelques minutes pour m’asseoir en tailleur sur mon coussin de méditation, et je pose mon esprit. Le silence m’enveloppe. La paix s’installe dans mon cœur, mon corps, mon esprit et je peux, enfin, entendre le murmure sacré de mon âme.

Mitakuye oyasin disent les indiens de la tribu des lakota, du peuple des sioux. C’est cette phrase qui est prononcée, en chamanisme, à l’entrée de la hutte à sudation, humbles, à quatre pattes, avant de s’y installer ou à la fin d’une prière.

Mitakuye oyasin, tout est connecté ! que nos cœurs se relient et ensemble partageons ce moment de connexion avec nous et la nature.

Si je suis en colère après moi-même, comment puis-je espérer vivre en harmonie dans ma famille ?

Si je suis en conflit avec un membre de ma famille, comment puis-je promouvoir la paix dans le monde ?

Quand je suis en paix avec moi même, je rayonne d’amour.

Quand je suis en paix avec ma famille, mon cœur “résonne” d’amour.

Quand la paix est autour de moi, mon âme chante l‘amour.

Portrait d’un homme, Portrait d’une belle âme

By Nour KHALFAT

“Sachez que l’esprit est la source d’où jaillit toute science; c’est son fondement ; le lieu d’où elle se lève à la manière du soleil. La science vient de l’esprit comme le fruit vient de l’arbre, comme la lumière vient du soleil, comme la vision vient de l’œil. Comment la supériorité de l’esprit pourrait-elle ne pas apparaître, alors que les bêtes les plus impressionnantes quant aux corps, les plus féroces quant à l’instinct…, en apercevant la silhouette de l’homme, éprouvent à son égard un respect mêlé de crainte, du seul fait qu’elles sentent qu’il leur est supérieur, possédant sur elles un ascendant à la mesure des qualités particulières qui lui ont été attribuées.” – Emir Abdel Kader – Lettre aux Français.

La triade corps-âme-esprit est incontournable dans l’approche métaphysique de l’Homme. Mais il n’est pas toujours simple de distinguer l’âme de l’esprit, les deux termes étant souvent confondus.

L’âme porte l’ensemble des états et dispositions intellectuelles, morales, affectives qui forment l’individualité, autrement dit le “moi” profond. Tandis que l’esprit est le souffle vital et divin, le principe créateur.

Un bon moyen de comprendre la différence entre âme et esprit est d’associer l’esprit au feu, et l’âme à l’eau. L’âme serait alors l’élément en équilibre qu’on peut retrouver sous trois états différents : solide (attaché à la matière), liquide (instable, attiré vers le bas), ou gazeux (attiré vers le haut, vers l’esprit).

Il y a ici l’idée que seule la volonté peut permettre à l’âme de s’élever pour s’autonomiser du corps, cette prison des passions. Elle serait alors prête à accueillir l’Esprit Divin.

  • Il a dit quoi ?! que le corps peut être le temple de l’Esprit ?
  • Pourquoi il nous raconte tout cela ? J’ai rien compris !
  • C‘est qui déjà l’Emir Abdel Kader ?

“La lettre aux français”, est un livre que j’ai découvert fin 2020 au hasard d’une rencontre avec un homme touchant et aux parcours virevoltant. Il est imprégné d’une énergie incroyable dans la recherche perpétuelle de la vérité. 

Je l’ai croisé à une conférence avec son jeans et son petit col mao bleu. Un petit homme fin, cheveux grisonnants, aux traits marqués par son vécu. Comme d’habitude j’étais en retard, j’ai raté son intervention. 

Son sourire apaisant et sincère me donne envie de l’aborder. Je lui tends une embuscade gourmande au buffet. Je l’écoute religieusement. Il m’emporte dans une histoire incroyable et un projet fou. Il me conte la vie d’un jeune érudit vivant dans l’Ouest Algérien au XIXe, fils d’un grand chef spirituel. Il a résisté à la première armée du monde. Il a une légende personnelle surprenante, un homme de science, un homme politique, un homme poète, un homme spirituel, un homme juste, un homme de paix : C’est l’Emir.

Chaque fois que des paroles sont attribuées à une personne en qui ils ont confiance, ils les acceptent, même si elles sont contraires à la vérité. Si ces paroles sont prêtées à quelqu’un dont ils pensent du mal, il les refusent, même si elles correspondent à la vérité. Toujours ils connaissent les hommes par référence à la vérité, jamais ils ne connaissent les hommes par référence à la vérité. Voilà le point suprême de l’ignorance et du préjudice que l’on se fait à soi-même.”  – Emir Abdel Kader – Lettre aux Français

  • Quoi ?! Il recommence ! Lettre aux Français ! mais pourquoi ?
  • J’ai toujours rien compris : la vérité, l’ignorance… Il est dérangé ce gars.

Dérangé. Certainement un peu beaucoup. Comme l’Émir, Chérif recherche la vérité sous sa forme unique. La vérité qui résiste aux critiques. Celle qui combat les paroles légères. Celle qui détruit les idées reçues. Celle qui met à mal les préjugés. Celle qui réduit en poussière les injustices et qui met en lumière les justes. L’Émir est un juste malgré la censure de son ouvrage pendant plus de cent ans. Cherif est un juste par ses engagements forts . 

Deux âmes inspirantes et touchantes: chacune à leur façon. L’une par son passé héroïque, spirituelle et universaliste tournée vers l’humanisme de l’Homme. L’autre par son présent, tournée vers la sincérité, obsédé par la réunion des héritiers de la Smala*, pour poursuivre et pour suivre le leg du premier.

 *Smala : https://www.herodote.net/16_mai_1843-evenement-18430516.php

Portrait de Femme, Portrait d’Amour

– By Cathy BOU –

Chaque jour, mes doigts glissent sur la longue plume de paon qui orne un coin de ma chambre. Douce Madeleine, Madeleine de Proust, un peu quand même, mais c’est surtout le souvenir éclatant de Marie Madeleine dite Magalie. Cette Belge incroyable qui illumina notre bootcamp d’Humanity France du 25 juillet 2021, au jardin de Bagatelles. J’avais rendez vous avec l’Amour.

L’Amour d’une femme débridée et sincère.

Étranges moments rythmés d’éclaircies, il s’en faut de peu pour que je capitule et ne vienne pas. Rendez vous manqué à 14h00, la pluie torrentielle a raison de ma bonne volonté. Tahira, courageuse, vient jusque chez moi, et nous prenons un uber en direction du bois de boulogne.

Le chauffeur nous laisse face aux cascades, mais l’entrée est bien plus haut. Il est déjà 16h00, c’est un peu tard, mais quand on a rendez-vous, ce n’est que la juste heure, le bon moment. Nour a profité de l’attente pour se balader seul dans les jardins.

Entre averses et soleil la balade est sympa, j’ai gardé ce souvenir particulier, la longue plume de paon et la saveur de l’Amour.

A ce souvenir mon cœur chavire, j’ai pris des notes mais sont-elles bien utiles pour raconter un sentiment aussi puissant que l’Amour ?

Cette femme dégage un puissant elixir qui vous submerge et vous enivre. 

Je m’égare, comme si l’Amour était une femme.

Nous jouons, comme des gosses, à un jeu d’extérieur de défis et de challenge: trouver le nom d’une fleur commençant par un H, enfin je ne sais plus très bien. 

Se superposent l’odeur de l’herbe humide, le chant des oiseaux au retour du soleil, cette pluie battante qui nous fait nous réfugier sous un porche. Mais voilà le goûter et ce jeu, chaque passant doit trouver le nom de cette fleur commençant par un H, un puis deux puis trois nous offrons le café ou l’eau chaude pour le thé aux gagnants. 

Et enfin, Magalie, mon coeur palpite. 

Elle est belle par la vie qui coule dans ses rides et son sang. Elle est belle par son sourire pétillant, espiègle. Elle est belle par ses yeux qui frétillent d’amour. Elle nous raconte 1973 son départ en trombe de Bruxelles. Elle fait du stop et monte dans une BMW décapotable très sexy mais qu’elle n’aime pas, pas comme Jacques qui au premier coup d’oeil la remplie d’amour. Elle vient de quitter Rudy et celui-ci s’efface dans le rétroviseur de ses souvenirs. Jacques 50 ans, elle en a 20, l’emmène au paradis, au club Med de Neuilly aux chambres aux noms colorés des villes du Maroc. Les souvenirs de son ex s’accrochent : ils avaient été ensemble au Maroc, mais l’euphorie l’emporte. Elle sait qu’elle va vivre dans un château, son horoscope le lui a dit.

Des nuits d’ébats et de débats s’enchaînent, même si elle est volage, légère, joueuse et vivace, elle ne veut pas être une maîtresse, et encore moins celle d’un homme marié pour la quatrième fois. 

Les nuits, les jours passent. 6h00, les débats ont lieu devant l’huissier, flagrant délit d’adultère, le couperet tombe. Mais l’Amour, ce sentiment incontrôlable et aliénable à souhait, l’emporte durant 30 ans ! 

Ils viennent amoureux comme au premier jour écouter les concerts chaque semaine dans ce jardin, le jardin de Bagatelles. Elle y vient encore en vélo, fait un tour. Elle se cache dans l’antre tout au bout du jardin et plonge sa main dans la roche, ses doigts caressent tendrement le souvenir de la douceur de son Jacques de cendre. 

Petit à petit, en avançant vers la caverne, je me fais à cette idée, les cendres de Jacques sont ici éparpillées dans la roche. C’est sordide comme ça au premier abord, mais au fil du temps des pétales de fleurs agrémentent l’autel de fortune et ma pensée touche ce sentiment d’Amour inconditionnel et intemporel qu’elle ressent pour lui.

Rien ne sera pareil, elle a passé 30 ans sans travailler, ils ont tout dépensé, il ne reste que l’appartement de Neuilly, pas trop loin, à quelques coups de pédales du jardin du souvenir. 

et voilà 30 ans d’un amour sans limite, sans entrave survivant à la mort.

Magali reste légère comme une plume, elle continue sa narration gracile femme un tantinet hyppie, elle nous survole son histoire avec Jean Marc, ils sont ensemble depuis 15 ans c’est bien mais pas génial comme avec Jacques, c’est des choses sexuelles surtout. Il vit à Quimper près de sa fille

Avec un bel accent Belge, elle déclame 

Vivre ! après nous les mouches ! l’instant présent, il faut en profiter !

Elle n’aura pas eu d’enfants, elle voulait avant tout être libre comme l’air.

Elle aura eu l’Amour.

Portrait d’une rencontre, Portrait d’une engagée

– By Nour KHALFAT –

“Il y a au cours de l’existence, des rencontres imprévues et singulières, où bien des faits se produisent, en apparence anodins, et qui auront été les dons du destin.”

Hector Bianciotti

Une belle lumière accompagne cette après-midi du 26 Octobre 2021. J’écoute ma Nina Simone qui me deal son énergie sur Sinnerman, en répétant mes gammes pentatoniques mineurs… Je m’évade, je me perds dans mes cordes comme j’aime souvent le faire.

Oupssss mon rendez vous ! Je suis une fois de plus en retard. J’enfourche ma moto. Je prends l’autoroute A3 direction Paris puis le périphérique intérieur, je sors en trombe à la porte de Vincennes, direction le centre-ville. Je monte sur le trottoir et me gare en face du Drapeau. C’est un joli café lounge nappé de fauteuil en velours bordeau qui fait l’angle. Ses grandes baies vitrées offrent une vue imprenable sur les remparts du Château.

Elle me reconnaît à travers la vitre et me fait un léger signe de la main. J’entre, elle m’attendait attablée tranquillement au fond de la salle.

  • désolé pour le retard, d’une voix convaincue de ne pas être convaincant.
  • Ce n’est pas grave, dit-elle avec une douce voix qui trahit le sud.

Je m’installe rapidement. Je jette mon sac et mon casque sur un fauteuil.

Je lui présente Humanity France. Je comprends assez vite que c’est une infirmière en pleine reconversion. Elle semble rechercher une autre expérience de vie. Elle est désormais une universitaire en psychologie. Pourquoi la psychologie ? Peut-être une envie de prendre soin de nos cerveaux après avoir longtemps pris soin de nos corps? Elle souhaite effectuer un stage chez nous pour découvrir les profils des familles précaires. Mais pourquoi ? 

Je suis toujours aussi surpris de découvrir une personne qui nous contacte spontanément. Pourquoi une jeune femme souhaiterait intégrer notre petite structure naissante ? Quelle est sa motivation ? Quel instinct la pousse?

Une rencontre c’est comme un rencard où parfois on s’interroge sur les intentions de l’autre car a priori les nôtres sont connues. La question est toujours la même: Est ce que ça va “matcher”? Une rencontre c’est comme son premier voyage, on a toujours les yeux grands ouverts, on ne veut rien perdre de vue. On s’émerveille de tout et de rien. C’est pourquoi, j’y suis particulierement attentif de ce qui s’y passe ou pas ou bien de ce qui se dit ou pas d’ailleurs. C’est dans les gestes et les silences que tout se révèle.

Croiser une personne, c’est souvent être bousculé et parfois déséquilibré. Il se produit toujours quelque chose, que nous n’avons pas forcément choisi. Cela nous prend par surprise et parfois en traître: c’est la collision de la rencontre. Justement le mot “rencontre”, vient du vieux français “encontre” : Il exprime le fait de heurter quelqu’un sur son chemin. Il renvoie à un choc vers l’altérité: deux êtres entrent en contact, se heurtent, et voient leurs trajectoires physiques ou émotionnelles perturbées, modifiées. C’est comme la collision de deux particules lancées à très haute vitesse. Le choc peut produire soit une fusion ou les deux éléments ne font plus qu’un et où se produit une énergie utile ou une fission où les deux éléments se séparent aussi vite et produisent une énergie inutile. Parfois deux personnes peuvent se croiser sans être troublées: c’est alors là, la preuve qu’il n’y a pas de rencontre, mais simplement un croisement, un effleurement ou une brève esquisse.

Après notre petite infusion verveine à 4 euros, elle sort imprimer sa convention de stage. On définit rapidement les objectifs, les missions de son stage et je l’enchaîne.

  • Le mois prochain, j’organise une maraude corporate pour la société Salesforce. Dix cadres supérieurs souhaitent découvrir le monde des invisibles, partager un petit moment autour d’un encas, distribuer des packs Santé et des livres.
  • je suis partante, avec son enthousiasme spontané.
  • vraiment !? tu es sûr !?
  • oui oui oui.

On dit parfois qu’une rencontre est l’œuvre du hasard ou bien un signe du destin. Pourtant, il est souvent le fruit de nos instincts, de nos attentes réciproques implicites ou explicites. Comme il en va de même de nos rencontres amicales, sentimentales ou professionnelles: le hasard n’est il pas finalement que le point d’un départ, n’est ce pas lui qui préside à nos destinées; parfois il se pointe ou parfois il se provoque. Je me rends compte que l’on peut souvent faire du hasard un puissant allié et que l’on peut se préparer à l’accueillir ou bien juste l’inviter. L’imprévu devient alors attendu. Dans un café de la place gambetta avec Bti, un open mic à Belleville avec Cathy et Sabrina, une conférence avec Khalid ou Feila, une partie d’échec avec Mohammed, un concert avec Azzedine ou sur la place de la Croix de Chavaux à Montreuil avec Hakim, une rencontre nous attends, toujours prête à nous tendre une embuscade, nous surprendre et pourquoi pas bouleverser nos trajectoires.

Nadia a participé à nos #MaraudingPacks à gare de l’Est, nos #ShopPacks au Franprix de Montreuil, à la préparation de nos packs d’hygiène chez Hakim l’engagé, à l’évaluation de nos bénéficiaires avec Zohra, à notre première assemblée générale à Nanterre avec Mélanie, à notre atelier d’écriture #LesDéplumés animé par Cathy. Elle a même publié dans la foulée son premier article le mois dernier:  Portrait d’un bénévole, portrait de Hakim

Discrète, sensible, réservée, à l’écoute des autres, elle porte une belle âme et poursuit humblement sa légende personnelle. Aujourd’hui ici, demain certainement là bas, mais prochainement aux 25 bosses de la forêt de Fontainebleau

La rencontre n’est-elle pas l’apanage des entrepreneurs ? de ceux qui sortent de leurs zones de confort ? de ceux qui prennent des risques ? finalement, de ceux qui apprennent et prennent la vie.

Portrait d’une leçon, Portrait des ateliers

– By Sabrina MEGHAOUI –

version audio : Texte, voix et Production Sabrina Meghaoui.

Les heures nocturnes sont des confessionnals invisibles qui n’accueillent que des voies feutrées. Dans le silence de la nuit, on laisse aller nos chagrins que l’on entend plus fort, on pleure les non vivants et les absents vivants. On aime lui chuchoter fragilement nos secrets et nos prières.

La nuit nous offre l’obscurité. N’ayez pas peur d’elle, elle nous conduit à nous élever.  Elle abrite aussi nos souvenirs endormis. Blottis sous mes paupières, je convoque les plus beaux. Souvent, ce sont ceux de mon père partis trop tôt. Un nomade avec des leçons en bandoulières qu’il plantait chez les autres. 

Il aimait me rappeler ceci  :

  • On m’apprend, puis je redonne. Partage la leçon ! Onsuite” toi aussi tu reçois, c’est systémétique” et puis l’autre, il le garde toute sa vie et il avance aussi.
  • SYSTÉMATIQUE, papa.
  • Oui, c’est ce que j’ai dis ma fille, tu entends mal.
  • (rire)
  •  Le but, c’est pas que tu t’agites n’importe comment les mains en l’air, le but c’est de réchéflir” et de partager avant que tu deviennes de la matière organique.

Pourquoi es- tu ici, qu’est ce que tu laisses, hein ?! La leçon que tu as apprise, si tu la gardes  pour toi, y a plus de  place pour laisser entrer les autres, et la lumière.

Il ne faut pas encombrer, partage , vide, c’est comme ça que la lumière reste. Si les volets sont toujours fermés, autant mourir tout de suite.

  • RÉFLÉCHIR, papa ! pasréchéflir”.
  • Oui, j’ai dis ça. Qu’est ce que tu as à inventer des mots aujourd’hui, hein ?! tu dors au cours de français ?

Mon père quand il parle c’est de la poésie qui ne s’écrie pas. La nuit je prends le temps de repasser les films du passé, ils me donnent des idées que je n’ose pas avoir le jour. La journée passe rapidement, difficile de m’entendre penser.  Tout va très vite en ce moment, j’ai l’impression que nos vies défilent sans en suivre le fil. 

Pourtant ces deux derniers siècles nous avons connu une révolution industrielle et numérique. Elles nous ont permis de nous déplacer plus vite, d’avoir de plus en plus de machine pour faire à notre place, de nous dégager du temps et pourtant, nous n’en n’avons plus. Où est passé tout ce temps que l’on gagne ? Où est la raison de ce paradoxe ? J’ai l’impression que ces deux révolutions ont tout accéléré, et qu’elles nous ont rendu tous froids de cette vie pauvre en enchantement.

Aujourd’hui on remplit le temps, mais on en jouit plus. Pourtant nous avons besoin de lui, pour aimer, pour construire, pour nourrir les amitiés, pour faire grandir un enfant. Alors, quand, comment faire une pause, respirer, observer, rêver, dans une société en constante accélération. Indéniablement il y a l’art pour nous aider à ça.

Il y a 5 ans j’ai eu la chance de croiser le chemin d’une grande femme qui croit en demain, qui croit au pouvoir du partage, qui a tout fait pour réunir ceux qui donnent la leçon et ceux qui veulent apprendre. ZOHRA, merci est trop petit pour toi . J’ai participé à des ateliers d’écriture animés par des écrivains, un sociologue et des journalistes. Des personnes incroyables qui avec toute modestie m’ont donné leur savoir, de la lumière et de très beaux souvenirs.

Alors j’ai “réchéfli” comme disait mon père, ne pas agiter mes mains n’importe comment. Il n’avait pas tort, combien de fois ai je vu des actions menées, finir en programmes échoués. J’ai lu que l’on avait confié à un ministre de l’éducation, le problème des décrocheurs scolaires. Lui qui a toujours été bon élève, comment peut-il les comprendre ?

Alors on lui rapportera des analyses, des données, on va même dépenser une somme folle dans ce programme social, mais il lui manquera un point de vue, parce qu’ il ne l’aura jamais vécu. Une réponse à la problématique certes, mais qui ne correspond pas à la demande, et  nombreux sont ces projets.

De ce constat, j’ai voulu partager ce que j’avais appris, ce que j’avais déjà pratiqué et ce que j’aimais faire. Des ateliers d’écriture, pour enfants. Les enfants, nous avons tant à apprendre d’eux, ils sont les vrais gardiens de la magie. Ils parlent le langage du cœur. Ils ont de la vie plein les mains et quand ils rient, ils renversent du soleil partout. Ne leur demandez pas de ne plus croire en la magie, ne leur demandez pas de se réveiller, car c’est lorsque l’on arrête d’y croire que l’on s’endort. Écoutez-les, ils ont ce que beaucoup d’adultes ont perdu. Les adultes sont compliqués, au lieu de suivre la voie de l’amour, ils essaient de la définir et ce faisant, ils se perdent.

L’art nous soigne, montre nos sentiments les plus profonds, nous délivre, nous téléporte ailleurs. On le sait, et plus encore aujourd’hui, que l’horreur peut survenir de nul part, alors j’aimerai qu’ils se souviennent très fort qu’à tout moment ils peuvent écrire pour suspendre le temps le rendre éternel et naviguer dans leur imaginaire pour faire naître un sentiment de liberté absolue et s’envoler.

Papa, si tu me vois, j’essaie. J’essaie tout comme toi de planter des graines, pour faire éclore des mots, et espère semer de belles histoires qui font du bien.

Alors je sais bien que je ne suis pas une grande écrivaine, et que la littérature n’a pas besoin de moi, mais j’aimerai simplement partager ce que l’on m’a appris, je souhaite juste à mon tour, partager LA LEÇON.

  “Chaque enfant qu’on enseigne est un homme qu’on gagne.

L’ignorance, est la nuit qui commence l’abîme.” 

Victor Hugo

Portrait d’un bénévole, Portrait de Hakim

– By Nadia MSALLAM –

“ Aujourd’hui, tu es en haut, demain tu peux être en bas”

Je vais effectuer ma première maraude avec l’association Humanity France. Hakim est là pour m’accueillir avec son sourire qui ne le quitte jamais.

Hakim est un personnage haut en couleur, de ceux que nous ne pouvons pas oublier.

A chacune de ses phrases, il glisse un mot empreint d’humour qui d’emblée me met à l’aise. En bon formateur, il m’explique le déroulement de la maraude, tout en prenant soin de répondre à mes multiples questionnements.

Arrivés gare de l’Est, par un après-midi glacial, Hakim recherche les indigents, il a appris à les reconnaître, beaucoup lui sont familiers. Il les connaît d’ailleurs par leurs prénoms, et les invisibles le reconnaissent rapidement. Il en repère certains assis, frêlement habillés, un autre sous une tente, d’autres sur des bancs ou sur le gazon du parc en face de la gare.

Sa présence maternante et déconcertante d’humour, remplit les âmes vides en les réanimant le temps d’un échange, tout en éclairant leur part éteinte, éprouvées par un quotidien voué à la survie. Il glisse ci et là une phrase rassurante, donne de l’espoir en posant sa main chaleureuse sur l’homme courbé, assis sur le banc. A chaque blague proférée par Hakim, l’indigent a soudainement, le regard qui s’illumine, un sourire qui se dessine, ce dernier rit à chacune de ses phrases.

Il est de tous les instants, attentif, à chacun de ces êtres abandonnés. Il propose inlassablement  un verre de café chaud, une douceur sucrée pour réconforter et réchauffer les maux du sans-abri. 

Je devine la bonté, derrière ses yeux rieurs, il dit avoir toujours voulu aider, car c’est normal selon lui. C’est un devoir. C’est évident pour lui, il ne se pose pas plus de questions.

Je découvre au fur et à mesure, une grande sensibilité, et une générosité sans faille derrière chacune de ses boutades.

Il dit qu’aujourd’hui c’est eux et que demain cela pourrait être nous. “ Aujourd’hui tu es en haut, demain tu peux être en bas – tu peux être eux.

Voilà, comment Hakim conçoit le monde, et ce sourire constamment  accroché à ses lèvres. 

D comme Décembre, D comme Détermination de naître (n’être), exister et renaître dans le regard de l’autre

– By Bahia SELLAH –

Deux inconnus échangent quelques mots dans un lieu public quelconque et ordinaire, un commerce de proximité ou encore une gare, dans un quartier populaire comme nous en connaissons tous en région parisienne ou ailleurs.

L’un propose à l’autre de l’aider à aider quelqu’un dans le besoin qu’il ne connaît pas, comme ça au feeling, au cas où ça l’intéresserait… L’autre demande à un inconnu comment il va et s’il a besoin de quelque chose de particulier.

Un samedi après-midi pluvieux et gris, quelques sujets de réflexion qui vont avec ce type de journée : le froid, la détresse, la folie, la faim, la soif, la vie dans la survie.

Pire que pas de chez soi, les véritables souffrances, ce sont l’invisibilité, le manque de considération, l’hostilité et la pitié (quand ce n’est pas la méfiance). C’est aussi le rapport aux autres complètement altéré – ironie du sort quand on sait que c’est dans ce type de situation qu’on a le plus de besoin de se lier aux autres – et quand on sait qu’au-delà de tout cela… dans un monde parallèle qu’on ne peut découvrir qu’en s’approchant plus près, on aperçoit chez cet autre un côté « même pas mal car ça pourrait être pire », un côté « hyper reconnaissant exacerbé » pour un simple bonnet, pour des serviettes hygiéniques reçus comme un super cadeau, quelques paroles ou un café chaud, un côté « solidaires-chacun pour soi, à la vie, à la mort car dans la rue, on a pas le choix »… un côté « philosophe »… un côté « on prend la vie comme elle vient en attendant des jours meilleurs »…

Le secret d’une maraude réussie, c’est qu’il n’y a pas de secret.

Tout est prétexte pour rétablir, réparer ou recréer même furtivement le lien avec l’autre.

Partir du principe que l’autre, ça pourrait être nous. Et appliquer la seule règle d’or qui mérite d’être appliquée : « traiter les autres comme on voudrait être traité soi-même »… considérer les autres pleinement, agir envers eux humainement, respectueusement, dignement… s’adresser à eux normalement, simplement, naturellement… leur parler avec les dispositions positives et constructives avec lesquelles on aimerait qu’on nous parle.

L’autre, c’est moi… c’est un reflet de moi projeté sur une autre réalité qu’on ne peut pas ne pas voir… c’est une partie de moi et d’humanité dans une autre dimension.

L’enfer, ce n’est pas les autres… l’enfer, c’est l’oubli, le déni ou le rejet de l’autre.

D comme décembre, D comme Dialogue avec l’autre : Don et Dépassement de soi

– By Bahia SELLAH –

Liste de courses d’un week-end de collecte réussie en 10 souvenirs :

  1. Aller vers les autres sans a priori et accepter tout simplement ce que les autres ont à apporter. En vrai, peu importe si les clients acceptent de participer ou non à la collecte, ils sont libres de le faire, c’est d’ailleurs le principe même du don. 
  2. Faire en sorte qu’on nous voit et créer une connexion directe ou indirecte. Le plus important ce n’est pas le don en tant que tel, mais l’échange d’infos.
  3. Faire passer le message et garder à l’esprit pourquoi on est là : agir en tant qu’intermédiaire entre deux besoins et envies inséparables : donner et recevoir. 
  4. Une phrase, celle prononcée par la femme à la charrette remplie de courses dimanche midi : « je ne suis venue que pour vous ». Un geste et des paroles magnifiques qui m’ont beaucoup émue. On n’a ni filmé, ni photographié ce don généreux. Je suis touchée !
  5. Un petit garçon d’environ 3 ans, a déposé une boîte de maïs dans la cagette :
  • Papa je donne quelle boite?
  • Peu importe c’est les mêmes. Celle la c’est pour nous et celle la c’est pour eux. Quelle belle leçon, ce qui est bon pour nous l’est aussi pour les autres. A tout âge on apprend.
  1. Un geste que je tiens à saluer : un homme pressé,  avant de sortir du magasin,  donne un billet, comme ça, “Nourmal”, sans réfléchir, juste pour soutenir notre action, histoire de contribuer lui aussi, à sa manière, et même s’il a fait ses courses sans tenir compte de la collecte. J’ai aimé le côté naturel et spontané de son geste. C’est le genre de geste qui dit « je viens de passer en caisse, je n’ai pas le temps d’y passer une 2ème fois je suis avec vous, j’ai ça comme argent sur moi, prenez-le, je vous fais confiance pour l’utiliser pour le mieux ».
  2. Des petits jeunes : (genre des lycéens ou étudiants) qui avaient pile de quoi s’acheter à manger. Ils ont écouté attentivement la présentation de l’action et même s’ils ne pouvaient pas participer matériellement ou financièrement à la collecte, ils se sont engagés à en  parler autour d’eux. J’ai trouvé ça beau, car sans le savoir à leur niveau ils ont aussi participé à la collecte en accordant de leur temps et de leur attention. Des graines de futurs bénévoles ont peut-être été semées dans leur esprit ou dans celui de leur entourage.
  3. Une vieille dame, qui pourrait être une bénéficiaire, nous a donné un paquet de pâtes ; 
  • je ne peux pas vous donner plus, mais je tiens à vous donner ce paquet de pâtes, par principe. Vous savez, j’ai une petite retraite, chacun aide à son niveau. Une femme âgée modeste qui pense à ceux qui sont comme elle. Un acte de solidarité qui mérite d’être salué, donner est un acte universel et accessible à tous, pas besoin d’être riche pour donner.
  1. Une jeune femme qui rendait visite à sa mère malade : Elle avance d’un pas rapide dans le magasin. Elle semble contrariée, préoccupée, pas très sereine. Du bout des lèvres sort un :
  • Bonjour. Je ne peux pas aider, moi aussi j’ai besoin d’aide. dit-elle  en marmonnant. Elle ne prend pas le temps d’en dire plus, elle est déjà à l’intérieur du magasin, à faire de rapides courses de dernières minutes. A peine le temps de lui répondre que si elle a besoin d’aide, elle ne doit pas hésiter à nous en parler. Je ne sais pas si elle est repassée au niveau de la collecte en sortant du magasin. J’espère juste qu’elle a entendu qu’elle n’était pas seule et que si elle avait un besoin, elle devait en parler.
  1.  Mon ticket de caisse de cette collecte :  On paye sans modération : des denrées alimentaires, des produits d’hygiène, de l’argent, mais aussi et surtout : du temps, des paroles agréables pleines de sagesses, rassurantes, drôles, blasées ou ironiques, des sourires, de la bonne humeur, du réconfort, du soutien et même des blagues.  Des surnoms et des menaces de représailles bon enfant aux nouveaux bénévoles qui arrivent en retard. On me rend la monnaie : se sentir utile, valorisé, humain proche des gens. Avec une remise commerciale de 20% de bonté et 5% de ponctualité. La collecte, en vrai, est un lieu de rendez-vous, d’échange et de partage entre soi et l’autre, avec l’autre, pour l’autre. On y rencontre forcément des donateurs et des bénévoles qui œuvrent au service des bénéficiaires, mais on peut rencontrer aussi :
  • les donateurs qui sont des futurs bénévoles qui s’ignorent
  • le bénéficiaire-donateur qui aide d’autres bénéficiaires 
  • le bénévole qui est un ancien bénéficiaire
  • l’ancien bénéficiaire qui est devenu aujourd’hui un donateur régulier 
  • des clients de tous les styles et de tous les univers
  • les personnels du magasin agréables et investis dans leur travail et la possibilité de nombreuses autres combinaisons et connexions possibles pour qui veut rétablir les connexions humaines qui restent encore à rétablir.

Un oui ou un non n’est jamais définitif et ne doit jamais être pris à titre personnel.

Accepter le non, c’est aussi apprécier le oui. Comprendre la valeur du oui permet d’oser le non et c’est d’ailleurs exactement ça qui permet de saisir l’importance égale de l’un et de l’autre.

Le dimanche 21 Novembre 2021

221 avenue Aristide Briand 93100 Montreuil

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