Mis en avant

Pavel, le réfugié politique Cubain

– By Nour KHALFAT –

Un immeuble d’une centaine de Sud-Américains a été vidé par les CRS, il y a une dizaine de jours à Saint-Ouen. Le premier jour Louiza, une photographe engagée, toujours sur le terrain et aux fronts. Elle nous sollicite en urgence pour les aider…Nous arrivons le soir même à proximité de la mairie de Saint-Ouen, le coffre plein de produits d’hygiène. mon cousin et moi ne trouvons pas le lieu, nous cherchons, nous demandons aux passants…rien. J’appelle Louiza…personne. Je gare la voiture…inquiet. Nous allons repérer les lieux, nous marchons du coté du Mc Donald…rien. Je demande au groupe de jeunes virevoltant se vannant…rien.

Nous traversons la place…et là: Nous apercevons un groupe de personnes dans une sorte de camps, un matelas, un début de truc qui ressemble à un barnum, un chariot de carrefour Market rempli de bric à broc, plus tard j’apprendrai que ce sont les seules affaires qu’ils ont pu récupérer pendant l’évacuation musclée des CRS. L’ambiance est tendue, les visages sont fatigués et tirés, les oreilles collées au téléphone…il y a urgences.

Je ne me déplace jamais sans mon appareil, mon Canon Mark IV et mon 40/70. Cette petite boîte attise les curiosités et souvent les méfiances. La prudence s’impose… J’ai l’habitude. J’envoie des signaux amicaux, je salue et je sers les mains, je me présente, je cherche mon amie… Il est 21H la nuit commence à tomber, il fait bon pendant ce mois d’août 2019. “ Mais où vont-ils dormir.”…”…mais où est Louiza?…”

Le D.A.L est présent, des citoyens engagés de la ville vont et viennent, – les choses s’organisent – le barnum se monte, des matelas sont posés à même le sol….une vision “chaotique”… mais bon. “Je sors mon appareil? Je shoote? C’est pas bien? C’est du voyeurisme? Ils ne vont pas apprécier, c’est certain… Je donne mes produits? Mais à qui? mais comment?”

J’essaye de repérer et de prendre contact avec ceux qui ont l’air de prendre les choses en main, les leaders, certainement. Je sens une méfiance, je viens de comprendre qu’ils me prenaient pour un policier, le comble!

Et puis…je découvre un homme costaud, souriant, allongé sur un matelas à rire avec son copain. C’est “Pavel”, “une tuerie”. Un beau cubain de 53 ans, père de famille, réfugié politique. Un homme qui a la “banane”, il prend des cours de français dans une association Abajad Asso et parle avec un français à “couper des pastèques”… Nous échangeons en espagnol, anglais, “français pastèque”… Une histoire de vie incroyable.

Il a résisté au régime de Castro, avec quelques passages en prison. Il me montre fièrement ses photos de sa femme, ses enfants et de ses manifestations interdites. Il a fui au Surinam pendant 2 ans, avant de rejoindre la Guyane Française. Il est arrivé il y a 4 mois à Paris par avion. Il travaille, il a un statut de réfugié politique et pourtant… Il s’est bien fait expulsé manu militari de son logement temporaire sans le droit d’emporter la moindre affaire……deux ou trois caddies ont été sauvé.

l a eu le temps de visiter la Tour Eiffel, pris le Bateau Mouche et déambulé sur les Champs-Elysées: Il a fait son touriste. Sa femme et ses enfants lui manquent beaucoup. Il est fier d’être en France, il vante la France, il remercie la France… Il n’a plus rien mais il est toujours heureux “Que s’est-il bien passé à Cuba?”

Que dire de Philippe, un engagé de la première heure. Il me repère à me faire repousser, bousculer ici et là. Il vient spontanément à ma rencontre, il se propose de me présenter sa femme Cubaine et un couple de réfugiés avec leur grand enfant. Nous nous improvisons un coin au calme, je vais pouvoir les interviewer, les écouter les filmer et conter leurs histoires. Sous le regard bienveillant de Madame qui me traduit en français nos échanges. ” Mais où est donc Louiza?”

Portrait d’une rencontre, Portrait d’une engagée

– By Nour KHALFAT –

“Il y a au cours de l’existence, des rencontres imprévues et singulières, où bien des faits se produisent, en apparence anodins, et qui auront été les dons du destin.”

Hector Bianciotti

Une belle lumière accompagne cette après-midi du 26 Octobre 2021. J’écoute ma Nina Simone qui me deal son énergie sur Sinnerman, en répétant mes gammes pentatoniques mineurs… Je m’évade, je me perds dans mes cordes comme j’aime souvent le faire.

Oupssss mon rendez vous ! Je suis une fois de plus en retard. J’enfourche ma moto. Je prends l’autoroute A3 direction Paris puis le périphérique intérieur, je sors en trombe à la porte de Vincennes, direction le centre-ville. Je monte sur le trottoir et me gare en face du Drapeau. C’est un joli café lounge nappé de fauteuil en velours bordeau qui fait l’angle. Ses grandes baies vitrées offrent une vue imprenable sur les remparts du Château.

Elle me reconnaît à travers la vitre et me fait un léger signe de la main. J’entre, elle m’attendait attablée tranquillement au fond de la salle.

  • désolé pour le retard, d’une voix convaincue de ne pas être convaincant.
  • Ce n’est pas grave, dit-elle avec une douce voix qui trahit le sud.

Je m’installe rapidement. Je jette mon sac et mon casque sur un fauteuil.

Je lui présente Humanity France. Je comprends assez vite que c’est une infirmière en pleine reconversion. Elle semble rechercher une autre expérience de vie. Elle est désormais une universitaire en psychologie. Pourquoi la psychologie ? Peut-être une envie de prendre soin de nos cerveaux après avoir longtemps pris soin de nos corps? Elle souhaite effectuer un stage chez nous pour découvrir les profils des familles précaires. Mais pourquoi ? 

Je suis toujours aussi surpris de découvrir une personne qui nous contacte spontanément. Pourquoi une jeune femme souhaiterait intégrer notre petite structure naissante ? Quelle est sa motivation ? Quel instinct la pousse?

Une rencontre c’est comme un rencard où parfois on s’interroge sur les intentions de l’autre car a priori les nôtres sont connues. La question est toujours la même: Est ce que ça va “matcher”? Une rencontre c’est comme son premier voyage, on a toujours les yeux grands ouverts, on ne veut rien perdre de vue. On s’émerveille de tout et de rien. C’est pourquoi, j’y suis particulierement attentif de ce qui s’y passe ou pas ou bien de ce qui se dit ou pas d’ailleurs. C’est dans les gestes et les silences que tout se révèle.

Croiser une personne, c’est souvent être bousculé et parfois déséquilibré. Il se produit toujours quelque chose, que nous n’avons pas forcément choisi. Cela nous prend par surprise et parfois en traître: c’est la collision de la rencontre. Justement le mot “rencontre”, vient du vieux français “encontre” : Il exprime le fait de heurter quelqu’un sur son chemin. Il renvoie à un choc vers l’altérité: deux êtres entrent en contact, se heurtent, et voient leurs trajectoires physiques ou émotionnelles perturbées, modifiées. C’est comme la collision de deux particules lancées à très haute vitesse. Le choc peut produire soit une fusion ou les deux éléments ne font plus qu’un et où se produit une énergie utile ou une fission où les deux éléments se séparent aussi vite et produisent une énergie inutile. Parfois deux personnes peuvent se croiser sans être troublées: c’est alors là, la preuve qu’il n’y a pas de rencontre, mais simplement un croisement, un effleurement ou une brève esquisse.

Après notre petite infusion verveine à 4 euros, elle sort imprimer sa convention de stage. On définit rapidement les objectifs, les missions de son stage et je l’enchaîne.

  • Le mois prochain, j’organise une maraude corporate pour la société Salesforce. Dix cadres supérieurs souhaitent découvrir le monde des invisibles, partager un petit moment autour d’un encas, distribuer des packs Santé et des livres.
  • je suis partante, avec son enthousiasme spontané.
  • vraiment !? tu es sûr !?
  • oui oui oui.

On dit parfois qu’une rencontre est l’œuvre du hasard ou bien un signe du destin. Pourtant, il est souvent le fruit de nos instincts, de nos attentes réciproques implicites ou explicites. Comme il en va de même de nos rencontres amicales, sentimentales ou professionnelles: le hasard n’est il pas finalement que le point d’un départ, n’est ce pas lui qui préside à nos destinées; parfois il se pointe ou parfois il se provoque. Je me rends compte que l’on peut souvent faire du hasard un puissant allié et que l’on peut se préparer à l’accueillir ou bien juste l’inviter. L’imprévu devient alors attendu. Dans un café de la place gambetta avec Bti, un open mic à Belleville avec Cathy et Sabrina, une conférence avec Khalid ou Feila, une partie d’échec avec Mohammed, un concert avec Azzedine ou sur la place de la Croix de Chavaux à Montreuil avec Hakim, une rencontre nous attends, toujours prête à nous tendre une embuscade, nous surprendre et pourquoi pas bouleverser nos trajectoires.

Nadia a participé à nos #MaraudingPacks à gare de l’Est, nos #ShopPacks au Franprix de Montreuil, à la préparation de nos packs d’hygiène chez Hakim l’engagé, à l’évaluation de nos bénéficiaires avec Zohra, à notre première assemblée générale à Nanterre avec Mélanie, à notre atelier d’écriture #LesDéplumés animé par Cathy. Elle a même publié dans la foulée son premier article le mois dernier:  Portrait d’un bénévole, portrait de Hakim

Discrète, sensible, réservée, à l’écoute des autres, elle porte une belle âme et poursuit humblement sa légende personnelle. Aujourd’hui ici, demain certainement là bas, mais prochainement aux 25 bosses de la forêt de Fontainebleau

La rencontre n’est-elle pas l’apanage des entrepreneurs ? de ceux qui sortent de leurs zones de confort ? de ceux qui prennent des risques ? finalement, de ceux qui apprennent et prennent la vie.

Portrait d’une leçon, Portrait des ateliers

– By Sabrina MEGHAOUI –

version audio : Texte, voix et Production Sabrina Meghaoui.

Les heures nocturnes sont des confessionnals invisibles qui n’accueillent que des voies feutrées. Dans le silence de la nuit, on laisse aller nos chagrins que l’on entend plus fort, on pleure les non vivants et les absents vivants. On aime lui chuchoter fragilement nos secrets et nos prières.

La nuit nous offre l’obscurité. N’ayez pas peur d’elle, elle nous conduit à nous élever.  Elle abrite aussi nos souvenirs endormis. Blottis sous mes paupières, je convoque les plus beaux. Souvent, ce sont ceux de mon père partis trop tôt. Un nomade avec des leçons en bandoulières qu’il plantait chez les autres. 

Il aimait me rappeler ceci  :

  • On m’apprend, puis je redonne. Partage la leçon ! Onsuite” toi aussi tu reçois, c’est systémétique” et puis l’autre, il le garde toute sa vie et il avance aussi.
  • SYSTÉMATIQUE, papa.
  • Oui, c’est ce que j’ai dis ma fille, tu entends mal.
  • (rire)
  •  Le but, c’est pas que tu t’agites n’importe comment les mains en l’air, le but c’est de réchéflir” et de partager avant que tu deviennes de la matière organique.

Pourquoi es- tu ici, qu’est ce que tu laisses, hein ?! La leçon que tu as apprise, si tu la gardes  pour toi, y a plus de  place pour laisser entrer les autres, et la lumière.

Il ne faut pas encombrer, partage , vide, c’est comme ça que la lumière reste. Si les volets sont toujours fermés, autant mourir tout de suite.

  • RÉFLÉCHIR, papa ! pasréchéflir”.
  • Oui, j’ai dis ça. Qu’est ce que tu as à inventer des mots aujourd’hui, hein ?! tu dors au cours de français ?

Mon père quand il parle c’est de la poésie qui ne s’écrie pas. La nuit je prends le temps de repasser les films du passé, ils me donnent des idées que je n’ose pas avoir le jour. La journée passe rapidement, difficile de m’entendre penser.  Tout va très vite en ce moment, j’ai l’impression que nos vies défilent sans en suivre le fil. 

Pourtant ces deux derniers siècles nous avons connu une révolution industrielle et numérique. Elles nous ont permis de nous déplacer plus vite, d’avoir de plus en plus de machine pour faire à notre place, de nous dégager du temps et pourtant, nous n’en n’avons plus. Où est passé tout ce temps que l’on gagne ? Où est la raison de ce paradoxe ? J’ai l’impression que ces deux révolutions ont tout accéléré, et qu’elles nous ont rendu tous froids de cette vie pauvre en enchantement.

Aujourd’hui on remplit le temps, mais on en jouit plus. Pourtant nous avons besoin de lui, pour aimer, pour construire, pour nourrir les amitiés, pour faire grandir un enfant. Alors, quand, comment faire une pause, respirer, observer, rêver, dans une société en constante accélération. Indéniablement il y a l’art pour nous aider à ça.

Il y a 5 ans j’ai eu la chance de croiser le chemin d’une grande femme qui croit en demain, qui croit au pouvoir du partage, qui a tout fait pour réunir ceux qui donnent la leçon et ceux qui veulent apprendre. ZOHRA, merci est trop petit pour toi . J’ai participé à des ateliers d’écriture animés par des écrivains, un sociologue et des journalistes. Des personnes incroyables qui avec toute modestie m’ont donné leur savoir, de la lumière et de très beaux souvenirs.

Alors j’ai “réchéfli” comme disait mon père, ne pas agiter mes mains n’importe comment. Il n’avait pas tort, combien de fois ai je vu des actions menées, finir en programmes échoués. J’ai lu que l’on avait confié à un ministre de l’éducation, le problème des décrocheurs scolaires. Lui qui a toujours été bon élève, comment peut-il les comprendre ?

Alors on lui rapportera des analyses, des données, on va même dépenser une somme folle dans ce programme social, mais il lui manquera un point de vue, parce qu’ il ne l’aura jamais vécu. Une réponse à la problématique certes, mais qui ne correspond pas à la demande, et  nombreux sont ces projets.

De ce constat, j’ai voulu partager ce que j’avais appris, ce que j’avais déjà pratiqué et ce que j’aimais faire. Des ateliers d’écriture, pour enfants. Les enfants, nous avons tant à apprendre d’eux, ils sont les vrais gardiens de la magie. Ils parlent le langage du cœur. Ils ont de la vie plein les mains et quand ils rient, ils renversent du soleil partout. Ne leur demandez pas de ne plus croire en la magie, ne leur demandez pas de se réveiller, car c’est lorsque l’on arrête d’y croire que l’on s’endort. Écoutez-les, ils ont ce que beaucoup d’adultes ont perdu. Les adultes sont compliqués, au lieu de suivre la voie de l’amour, ils essaient de la définir et ce faisant, ils se perdent.

L’art nous soigne, montre nos sentiments les plus profonds, nous délivre, nous téléporte ailleurs. On le sait, et plus encore aujourd’hui, que l’horreur peut survenir de nul part, alors j’aimerai qu’ils se souviennent très fort qu’à tout moment ils peuvent écrire pour suspendre le temps le rendre éternel et naviguer dans leur imaginaire pour faire naître un sentiment de liberté absolue et s’envoler.

Papa, si tu me vois, j’essaie. J’essaie tout comme toi de planter des graines, pour faire éclore des mots, et espère semer de belles histoires qui font du bien.

Alors je sais bien que je ne suis pas une grande écrivaine, et que la littérature n’a pas besoin de moi, mais j’aimerai simplement partager ce que l’on m’a appris, je souhaite juste à mon tour, partager LA LEÇON.

  “Chaque enfant qu’on enseigne est un homme qu’on gagne.

L’ignorance, est la nuit qui commence l’abîme.” 

Victor Hugo

Portrait d’un bénévole, Portrait de Hakim

– By Nadia MSALLAM –

“ Aujourd’hui, tu es en haut, demain tu peux être en bas”

Je vais effectuer ma première maraude avec l’association Humanity France. Hakim est là pour m’accueillir avec son sourire qui ne le quitte jamais.

Hakim est un personnage haut en couleur, de ceux que nous ne pouvons pas oublier.

A chacune de ses phrases, il glisse un mot empreint d’humour qui d’emblée me met à l’aise. En bon formateur, il m’explique le déroulement de la maraude, tout en prenant soin de répondre à mes multiples questionnements.

Arrivés gare de l’Est, par un après-midi glacial, Hakim recherche les indigents, il a appris à les reconnaître, beaucoup lui sont familiers. Il les connaît d’ailleurs par leurs prénoms, et les invisibles le reconnaissent rapidement. Il en repère certains assis, frêlement habillés, un autre sous une tente, d’autres sur des bancs ou sur le gazon du parc en face de la gare.

Sa présence maternante et déconcertante d’humour, remplit les âmes vides en les réanimant le temps d’un échange, tout en éclairant leur part éteinte, éprouvées par un quotidien voué à la survie. Il glisse ci et là une phrase rassurante, donne de l’espoir en posant sa main chaleureuse sur l’homme courbé, assis sur le banc. A chaque blague proférée par Hakim, l’indigent a soudainement, le regard qui s’illumine, un sourire qui se dessine, ce dernier rit à chacune de ses phrases.

Il est de tous les instants, attentif, à chacun de ces êtres abandonnés. Il propose inlassablement  un verre de café chaud, une douceur sucrée pour réconforter et réchauffer les maux du sans-abri. 

Je devine la bonté, derrière ses yeux rieurs, il dit avoir toujours voulu aider, car c’est normal selon lui. C’est un devoir. C’est évident pour lui, il ne se pose pas plus de questions.

Je découvre au fur et à mesure, une grande sensibilité, et une générosité sans faille derrière chacune de ses boutades.

Il dit qu’aujourd’hui c’est eux et que demain cela pourrait être nous. “ Aujourd’hui tu es en haut, demain tu peux être en bas – tu peux être eux.

Voilà, comment Hakim conçoit le monde, et ce sourire constamment  accroché à ses lèvres. 

D comme Décembre, D comme Détermination de naître (n’être), exister et renaître dans le regard de l’autre

– By Bahia SELLAH –

Deux inconnus échangent quelques mots dans un lieu public quelconque et ordinaire, un commerce de proximité ou encore une gare, dans un quartier populaire comme nous en connaissons tous en région parisienne ou ailleurs.

L’un propose à l’autre de l’aider à aider quelqu’un dans le besoin qu’il ne connaît pas, comme ça au feeling, au cas où ça l’intéresserait… L’autre demande à un inconnu comment il va et s’il a besoin de quelque chose de particulier.

Un samedi après-midi pluvieux et gris, quelques sujets de réflexion qui vont avec ce type de journée : le froid, la détresse, la folie, la faim, la soif, la vie dans la survie.

Pire que pas de chez soi, les véritables souffrances, ce sont l’invisibilité, le manque de considération, l’hostilité et la pitié (quand ce n’est pas la méfiance). C’est aussi le rapport aux autres complètement altéré – ironie du sort quand on sait que c’est dans ce type de situation qu’on a le plus de besoin de se lier aux autres – et quand on sait qu’au-delà de tout cela… dans un monde parallèle qu’on ne peut découvrir qu’en s’approchant plus près, on aperçoit chez cet autre un côté « même pas mal car ça pourrait être pire », un côté « hyper reconnaissant exacerbé » pour un simple bonnet, pour des serviettes hygiéniques reçus comme un super cadeau, quelques paroles ou un café chaud, un côté « solidaires-chacun pour soi, à la vie, à la mort car dans la rue, on a pas le choix »… un côté « philosophe »… un côté « on prend la vie comme elle vient en attendant des jours meilleurs »…

Le secret d’une maraude réussie, c’est qu’il n’y a pas de secret.

Tout est prétexte pour rétablir, réparer ou recréer même furtivement le lien avec l’autre.

Partir du principe que l’autre, ça pourrait être nous. Et appliquer la seule règle d’or qui mérite d’être appliquée : « traiter les autres comme on voudrait être traité soi-même »… considérer les autres pleinement, agir envers eux humainement, respectueusement, dignement… s’adresser à eux normalement, simplement, naturellement… leur parler avec les dispositions positives et constructives avec lesquelles on aimerait qu’on nous parle.

L’autre, c’est moi… c’est un reflet de moi projeté sur une autre réalité qu’on ne peut pas ne pas voir… c’est une partie de moi et d’humanité dans une autre dimension.

L’enfer, ce n’est pas les autres… l’enfer, c’est l’oubli, le déni ou le rejet de l’autre.

D comme décembre, D comme Dialogue avec l’autre : Don et Dépassement de soi

– By Bahia SELLAH –

Liste de courses d’un week-end de collecte réussie en 10 souvenirs :

  1. Aller vers les autres sans a priori et accepter tout simplement ce que les autres ont à apporter. En vrai, peu importe si les clients acceptent de participer ou non à la collecte, ils sont libres de le faire, c’est d’ailleurs le principe même du don. 
  2. Faire en sorte qu’on nous voit et créer une connexion directe ou indirecte. Le plus important ce n’est pas le don en tant que tel, mais l’échange d’infos.
  3. Faire passer le message et garder à l’esprit pourquoi on est là : agir en tant qu’intermédiaire entre deux besoins et envies inséparables : donner et recevoir. 
  4. Une phrase, celle prononcée par la femme à la charrette remplie de courses dimanche midi : « je ne suis venue que pour vous ». Un geste et des paroles magnifiques qui m’ont beaucoup émue. On n’a ni filmé, ni photographié ce don généreux. Je suis touchée !
  5. Un petit garçon d’environ 3 ans, a déposé une boîte de maïs dans la cagette :
  • Papa je donne quelle boite?
  • Peu importe c’est les mêmes. Celle la c’est pour nous et celle la c’est pour eux. Quelle belle leçon, ce qui est bon pour nous l’est aussi pour les autres. A tout âge on apprend.
  1. Un geste que je tiens à saluer : un homme pressé,  avant de sortir du magasin,  donne un billet, comme ça, “Nourmal”, sans réfléchir, juste pour soutenir notre action, histoire de contribuer lui aussi, à sa manière, et même s’il a fait ses courses sans tenir compte de la collecte. J’ai aimé le côté naturel et spontané de son geste. C’est le genre de geste qui dit « je viens de passer en caisse, je n’ai pas le temps d’y passer une 2ème fois je suis avec vous, j’ai ça comme argent sur moi, prenez-le, je vous fais confiance pour l’utiliser pour le mieux ».
  2. Des petits jeunes : (genre des lycéens ou étudiants) qui avaient pile de quoi s’acheter à manger. Ils ont écouté attentivement la présentation de l’action et même s’ils ne pouvaient pas participer matériellement ou financièrement à la collecte, ils se sont engagés à en  parler autour d’eux. J’ai trouvé ça beau, car sans le savoir à leur niveau ils ont aussi participé à la collecte en accordant de leur temps et de leur attention. Des graines de futurs bénévoles ont peut-être été semées dans leur esprit ou dans celui de leur entourage.
  3. Une vieille dame, qui pourrait être une bénéficiaire, nous a donné un paquet de pâtes ; 
  • je ne peux pas vous donner plus, mais je tiens à vous donner ce paquet de pâtes, par principe. Vous savez, j’ai une petite retraite, chacun aide à son niveau. Une femme âgée modeste qui pense à ceux qui sont comme elle. Un acte de solidarité qui mérite d’être salué, donner est un acte universel et accessible à tous, pas besoin d’être riche pour donner.
  1. Une jeune femme qui rendait visite à sa mère malade : Elle avance d’un pas rapide dans le magasin. Elle semble contrariée, préoccupée, pas très sereine. Du bout des lèvres sort un :
  • Bonjour. Je ne peux pas aider, moi aussi j’ai besoin d’aide. dit-elle  en marmonnant. Elle ne prend pas le temps d’en dire plus, elle est déjà à l’intérieur du magasin, à faire de rapides courses de dernières minutes. A peine le temps de lui répondre que si elle a besoin d’aide, elle ne doit pas hésiter à nous en parler. Je ne sais pas si elle est repassée au niveau de la collecte en sortant du magasin. J’espère juste qu’elle a entendu qu’elle n’était pas seule et que si elle avait un besoin, elle devait en parler.
  1.  Mon ticket de caisse de cette collecte :  On paye sans modération : des denrées alimentaires, des produits d’hygiène, de l’argent, mais aussi et surtout : du temps, des paroles agréables pleines de sagesses, rassurantes, drôles, blasées ou ironiques, des sourires, de la bonne humeur, du réconfort, du soutien et même des blagues.  Des surnoms et des menaces de représailles bon enfant aux nouveaux bénévoles qui arrivent en retard. On me rend la monnaie : se sentir utile, valorisé, humain proche des gens. Avec une remise commerciale de 20% de bonté et 5% de ponctualité. La collecte, en vrai, est un lieu de rendez-vous, d’échange et de partage entre soi et l’autre, avec l’autre, pour l’autre. On y rencontre forcément des donateurs et des bénévoles qui œuvrent au service des bénéficiaires, mais on peut rencontrer aussi :
  • les donateurs qui sont des futurs bénévoles qui s’ignorent
  • le bénéficiaire-donateur qui aide d’autres bénéficiaires 
  • le bénévole qui est un ancien bénéficiaire
  • l’ancien bénéficiaire qui est devenu aujourd’hui un donateur régulier 
  • des clients de tous les styles et de tous les univers
  • les personnels du magasin agréables et investis dans leur travail et la possibilité de nombreuses autres combinaisons et connexions possibles pour qui veut rétablir les connexions humaines qui restent encore à rétablir.

Un oui ou un non n’est jamais définitif et ne doit jamais être pris à titre personnel.

Accepter le non, c’est aussi apprécier le oui. Comprendre la valeur du oui permet d’oser le non et c’est d’ailleurs exactement ça qui permet de saisir l’importance égale de l’un et de l’autre.

Le dimanche 21 Novembre 2021

221 avenue Aristide Briand 93100 Montreuil

O comme Octobre, O comme Oh !

-By Nour KHALFAT-

Un mois d’Octobre terne. Un samedi après-midi froid et humide. C’est enfin, le jour de notre #MaraudingPack : une déambulation dans une gare parisienne pour aller à la rencontre des grands exclus, partager un encas, découvrir des parcours de vie, les sensibiliser sur l’hygiène, la santé et éventuellement les orienter sur les structures d’accueil.

Ihlem a passé la semaine à collecter et préparer une centaine de Packs Santé avec ses neveux. Il est important de sensibiliser les enfants sur la solidarité et de les faire participer à des actions ludiques mais impactantes. Un pack pour les hommes et un pack pour les femmes. Elle a partagé les photos des enfants à l’ouvrage. Elle se rend chez Hakim pour finaliser la logistique. Les sacs se remplissent de gâteaux, de plaids et de kits de sommeil récupérés auprès d’une compagnie aérienne qui a fermé : Aigle Azur. Une odeur de café a gagné la pièce sur un fond de musique funky. On ne fait jamais de maraude sans café et thé à partager avec les invisibles. Le duo charge la voiture direction la gare de l’Est pour retrouver Djamila.

Il est 14h, je saute sur ma moto avec mes équipements photographiques pour retrouver ce trio infernal. Je découvre le trio chargé comme des mules avec deux sacs et une valise à roulette de voyage et un gros cabas pour les encas. C’est la “brigade du chat botté”.

On se dirige vers le boulevard Magenta. Nous tombons sur un groupe de jeunes bénévoles de la fondation Abbé Pierre super motivés. Le chef de groupe, Nabil, la cinquantaine, portant fièrement le legendaire bérêt noir de l’Abbé vissé sur la tête avec une petite barbe dispersée nous explique leurs modalités pour sensibiliser les citoyens à participer et a soutenir leurs actions.

Nous commençons à marcher vers les lieux discrets ou les invisibles se positionnent, l’entrée de l’ancien “India Café”, une sortie de métro, une tente isolée sur l’évacuation du métro. On se fait vite repérer par un invisible qui vient spontanément à notre rencontre.

  • Bonjour, je suis Nour – tout en lui tendant la main (je sais, je sais nous sommes encore en plein COVID)
  • Bonjour, je suis Jean
  • Tu viens d’où ?
  • Je suis de Saint Denis, me dit-il en souriant discrètement sous sa généreuse barbe. Frêle dans une veste trop grande pour lui, Il a les yeux bien ridés derrière ses lunettes oranges, de larges sourcils, des cheveux révoltés.
  • Tu veux un café, un thé ?
  • Un café, merci. 

Badaboum, les filles s’activent. Bim: un gobelet, bam: une pincée de cuillère de café soluble, boum: un peu d’eau chaude, tik: un doigt de sucre, tok: une petite touillette…et voilà le travail, tout ça servi avec le sourire. Pendant la théâtralisation du service du café, le troisième essaye de proposer péniblement une petite galette à la framboise. Jean a les yeux rivés sur les femmes. Jean se raconte, se livre spontanément, sur sa vie passée, son parcours, son divorce, ses enfants, ses passions, sa guitare…

On s’interroge toujours sur le pourquoi du comment un homme semble vivre seul dans la rue. On spécule sur son parcours, sur les accidents de la vie. On se questionne sur le rôle ou la responsabilité collective de la société, sur le rôle ou la responsabilité individuel du citoyen.

Il a un rendez-vous à la gare du Nord. (il a une vie sociale ? des amis, des copains ?, une petite copine ? ). Je lui propose de lui remettre un Pack Santé, un plaid et un kit de sommeil. Je lui explique que ce sont des enfants qui ont préparé ses Packs et que c’est tata Ihlem qui les distribue. Il découvre un shampoing, un gel douche, un dentifrice, une brosse à dents, un rasoir, une mousse à raser, un masque, un dafalgan, et un déodorant, le luxe ultime

Un silence… le papa est touché. Il mord légèrement ses  lèvres, ses yeux humides pétillent. Il part. Il nous salue de loin. Il semble heureux, non, il est heureux ! Il a accepté sa condition de vie, non il a choisi sa vie. Il subit sa vie, non, il maîtrise sa vie.

Je suis curieux ? je suis un voyeur ? de quoi je me mêle bordel. 

Je m’interroge parfois sur ce qui me guide et me pousse à faire ce que je fais. 

Cela n’a aucun sens. Je m’interroge sur qui est le plus heureux et le plus libre. Suis-je jaloux ?  

Je me souviens d’une époque passée en cravate, costume trois boutons bleue roi, tissu cerruti qualité super 120, chemise blanche, coton au col relevé, chaussures marron cuir cousu main cirées tous les mois. Un cadre zombie supérieur à grosse berline allemande, enfermé dans une grande entreprise avec une grosse carotte de salaire, des nuits blanches à stresser avant chaque comité de direction, à faire semblant d’apprécier mes collègues hautains et superficiels (comme moi finalement), à jouer une pièce de théâtre qui se jouait tous les jours 5/7 de 8h à 20h et parfois 7/7. Après ma salle de sport où je défilais avec ma tablette de chocolat fondue et ma séance d’UV. Je passais mon temps à programmer mon prochain voyage et ma prochaine folie de consommateur non averti. Je surveillais tous les mois mon compte bancaire qui terminait dans le rouge. J’avais un train de vie décalé anarchique ( plus je gagne d’argent, plus j’en dépensais et donc plus je travaillais pour finalement dépenser encore plus…). 

J’étais un bon parisien respectable qui prenait un café à 3 euros, qui ne disait pas bonjour, qui ne souriait jamais et qui ne connaissait même pas ses voisins de palier dans ma maison résidence hight standing de mes deux .

Jean n’a rien et pourtant il est heureux lui.

“En te levant le matin, rappelle toi combien précieux est le privilège de vivre, de respirer d’être heureux”

Marc Aurèle – Empereur, Homme d’état, Philosophe (121 – 180)

J comme Juillet, J comme Jabs

by Cathy Bou

Crochet, jab, crochet, jab, esquive, affronte, lutte, tombe, relève toi, tombe, relève toi encore, fauché, démuni, découragé, à l’aide, relève toi, aidez moi…

Lundi dernier, j’avais rendez vous avec un groupe d’entrepreneurs pour une petite soirée dans le 16eme j’étais pas en forme, trop de tout, marre de tout mais de si peu de choses. Mon raz le bol déborde et se voit.

Mardi, Jean laisse un message “t’avais pas l’air en forme hier ! ça te dit un café demain ?” Jab, je suis touchée en plein cœur, je m’y rends.

3 heures en terrasse très sympa à discuter de tout mais aussi de ce rien, de ce vide, de ce gouffre, de ces sables mouvants qui s’enfoncent au fur et à mesure que j’avance dans la découverte de sa vie, une descente aux enfers. Et je suis là à côté sur la terre ferme avec mon raz le bol qui déborde de petits riens à côté de ce grand tout.

Jean boxe tous les jours après avoir supervisé son chantier. Depuis deux ans, il s’accroche quand il raccroche les gants. La vie lui envoie des uppercuttes d’une violence inouïe. Ses entraînements et ses combats ne sont pas aussi tueurs que cette vie-là. Pourtant il s’effondre, le genou se déchire lors d’un entraînement, c’est l’opération. Lui qui se croyait en remontée à la surface, se retrouve terrassé.

Il a connu le confort d’un logement cossu, il a connu l’inconfort de dormir sur le bitume de son chantier, son chien pour seul compagnon.

Il a connu à nouveau le confort, le luxe même, des amis lui ont offert le toit quelques mois et puis le jab « ce petit coup direct, sorte de coup de poing où le lutteur frappe son adversaire rapidement d’une courte distance », ils vendent ! Il doit donc partir, trouver un autre toit d’ici la fin août.

Jean a l’air sympa, plutôt beau gosse, il cache son visage avec une belle barbe soignée, il est athlétique un mètre quatre vingt cinq, comme il dit, mais à la merci de la vie.

Deux ans que l’enfer le côtoie, un enfer pavé de bonnes intentions…

Dans sa sphère proche, il s’est fait escroquer, une bonne grosse dette sur les bras, il perd sa petite amie par trahison et beaucoup d’argent qu’il n’a pas. L’enfer est là, les braises commencent. Il s’accroche à ses gants, son chien mais la vague est déferlante. Le chantier ça va mais il gère comme il peut, ça croule et puis rebelote la trahison. Un autre jab. 

Enfin il pense que c’est la remontée, il croise cette jeune femme, il s’attache, elle vient, elle repart sans raison et revient ou offre le silence. Il déchire son greffon en s’étirant un matin au réveil et c’est à nouveau l’opération qui pointe.

Mais ce vendredi là, tout lui semble insurmontable: il s’écroule dans les bras d’une connaissance en larmes, aidez-moi, je ne sais plus quoi faire.

Et je te dirai, Jean, comme dirait Reed Cathy

“Les échecs servent de répétitions au succès”

J comme Juin, J comme Jeu de dupe

By Cathy Bou –

Assise en tailleur à la sortie du Leclerc de Clichy/ Saint Ouen, contre la balustrade du métro Ligne 14, fraîchement arrivée, Aïcha tient la pancarte serrée contre la poitrine. Preuve de son origine, passeport pour la compassion, elle ne veut surtout pas la perdre. Son gamin, Amir, joue avec un caillou juste à ses genoux. Engoncé, la casquette à l’envers, ses joues sont tracées d’une larme poussiéreuse. le nez renfrogné coule. Les doigts noircis traînent de la bouche au caillou.

Je les vois et pourtant je passe mon chemin, le regard fixe. 

Ne surtout pas croiser le sien, éviter toute humanité entre nous.

Une pointe de culpabilité me transperce, et pourtant j’avance comme une automate. 

Ne pas s’apitoyer et se trouver toutes les excuses du monde : je n’ai pas de pièces dans mon sac ! je ne sais pas si elle ne fait pas partie d’un réseau organisé !

Oh mais que de préjugés ! Mais d’où me viennent ces pensées saugrenues ? 

Moi d’abord :

j’ai besoin de la dernière pièce au fond de mon sac pour MA baguette de pain ou encore, pour la consigne de MA salle de sport. 

Moi, d’abord:

je suis pressée, stressée, oppressée, je ne vais pas prendre 30 secondes pour donner cette miette qui s’évapore en quelques secondes, elle est mieux au fond de MON porte monnaie à dormir.

Alors un jour, je déciderais que MA balade quotidienne m’amènerait jusqu’à elles. Chaque jour, je leur donnerais ces pièces pour qu’elles cliquettent dans la sybille de fortune. Je prendrais du temps pour discuter avec eux, jouer avec Amir. Je prendrais du temps pour préparer une bonne soupe ou un gâteau, oui voilà un carrot cake. Une lueur traversera leurs regards et là je me sentirais toute puissante, pour que la seconde d’après je me trouve minable. Minable de profiter de cette solidarité pour servir mon égo intempestif. Comment me réjouir de faire l’aumône ? Comment savourer cette aide et en tirer un profit sournois ? La seule joie à vivre devrait venir de leur réussite à sortir de cette fichue situation, la balustrade du métro près du Leclerc de St Ouen, à quelques centaines de mètres de chez moi. Parfois, Aïcha tient un bébé dans ses bras, mon cœur s’attendrit et se durcit dans la seconde qui suit.

Voilà j’ai continué ma route et je ne suis pas encore revenue spécialement pour elles.

Parfois pour m’acheter une baguette je plonge mes doigts à la recherche de la somme salvatrice de un euro dans le pot à l’entrée de ma demeure. Chaque fois, l’image de Aïcha, Amir et le bébé me saute au cœur, chaque fois il se serre et se desserre. Inlassablement, la honte m’assaille mais très vite s’évapore. 

En écrivant ces lignes, je perçois le désespoir, le fardeau et la douleur de ne pas agir, de laisser pour compte chaque jour dans le métro, dans la rue les plus démunis. L’inaction nous durcit à petit feu comme les (œufs) durs de Nour alors que notre cœur est mi mollet. Une action bien organisée, bien dressée nous permet d’être aligné. Je milite avec le MFRB Mouvement Français pour le Revenu de Base, j’ai donné ma plume pour une nouvelle, et j’œuvre auprès de mes complices d’Humanity France pour les plus démunis. Je rêve d’une éradication de la misère par la mise en place, entre autres, d’un revenu de base inconditionnel, inaliénable, universel…Vous voyez le lien ? Sans cela ma vie aurait peu de sens.

Malgré tout, les pièces attendent sagement le prochain changement de monnaie.

J comme Juin, J comme Jardin

By Nour KHALFAT

17h30, sur l’écran de ma montre connectée, Un mardi après-midi singulier. 

Je suis assis sur l’escalier de mon ancien et familier collège, abri des premiers bourgeons de mon jardin secret et de mon acné. Seul dans un silence reposant, je déguste mon petit goûter improvisé, une madeleine au chocolat offert par ma dulcinée 2 jours plus tôt (si elle savait). Mon appareil photo à la main, je survole déjà avec une certaine nostalgie, les clichés que je viens tout juste de capturer. Une émotion particulière m’envahit, je souris. La magie de la Madeleine de Proust fait son effet … 

15h, dans le réfectoire, des hordes de petits gremlins mouillés sont concentrées à récupérer les déchets au sol et à les trier à l’autre bout. Par ici, ça court, ça rit, ça chambre, ça pétille de vie, ça tang, ça banga, … les ateliers s’enchaînent.

Ici, une jolie blonde, créatrice en herbe, recycle des vêtements usagés. De ses doigts habiles, elle transforme un bas de survêtement adidas rouge-orangé en une robe de soirée tendance. Un vieux ballon de basket, et abracadabra, il devient un sac à main design. 

Par là-bas, un trio de collégiens écolo-engagés présente avec fierté six fiches techniques détaillées, décrivant les valeurs nutritionnelles et médicinales d’herbes aromatiques. Elles ont été cultivées avec patience dans le petit jardin botanique, à l’entrée du collège, anciens carrés de verdure délaissés, aujourd’hui assainis et fertiles.

Plus loin, Yuna, la directrice de la Cité maraîchers, et ses commis nous présentent une recette de crumble à base de pommes, kiwis et d’avoine. je joue l’apprentis cuisinier, digne de tip top chef.

Puis j’observe, je scrute avec mon appareil photo et passe au scan leurs esprits.

 Je viens soutenir Sabrina l’apprentie-chimiste qui présente un atelier #Ecobio. Avec son intuition maternelle et son savoir faire, elle transmet avec passion les clés du modèle économique social, et solidaire du futur, ainsi que les secrets de fabrication de produits écologiques simples et bon marché. Une révolution dans l’esprit des plus jeunes : faire son propre dentifrice et son gel WC avec trois fois rien c’est de la balle. Je n’avais rien dit à ma complice mais j’avoue que j’appréhendais.

A l’heure des smartphones et des technologies avancées, quels enfants s’intéressent à la fabrication du canard WC, sauf à y être obligés par leurs professeurs ou pour fayoter. Convaincue et convaincante, Sabrina ma sorcière bien-aimée installe son atelier, assistée de deux volontaires du jour.

Un plan de travail digne des TP de Physique/Chimie de mes années collège avec tout l’attirail : fiole, becs bunsen, éprouvettes, argile, bicarbonate de sodium, poudre d’agar-agar, huiles essentielles, … poudre de perlimpinpin… bref l’atelier complet de l’école des apprentis sorcier de Poudlard!

Les curieux s’attroupent et manipulent les instruments avec concentration et précaution. Ils sont en mode Swiffer, mission possible. Même les têtes dures et les kamikazes se surprenaient à être impatients de partager leur découverte avec leur maman.

Je fais un bond dans le temps.

Trente ans plus tôt, j’étais à leur place. Je me remémore mes années collège Fou Fou Fou. Je passais mon temps à jouer à cache cache avec les surveillants pendant les récréations. Je jouais déjà avec les mots avec Mme Laporte, je m’évadais avec Mme Coussement qui nous contait l’Histoire de France, je découvrais les sciences de la vie et la magie de mon anatomie avec Mme Abitbol, le langage de la nature avec les mathématiques de Mme Thomas… Mon pire cauchemar, Mme ZERBIB, la CPE . Elle incarnait l’autorité et inspirait le respect. Un regard, un son de sa voix et je déguerpissais comme un petit rat. Je jouais les (œufs) durs mais j’étais un homme-lettres.

Ici, c’est devenu chez moi. Mon collège Gustave Courbet de Romainville, c’est le premier centre de mes émotions, le lieu de rencontres de mes premiers émois et de mes premiers copains venus des autres quartiers : Cachin, les trois communes…. Ici j’ai volé un peu mon premier baiser, j’y ai gagné mon premier tournoi de ping pong. 

C’est aussi ma première paire de crampons de foot neuve achetée à la sueur de six mois d’économie de travail sur le marché des Lilas. Je n’oublie pas mon premier walkman Sony autoreverse et mes premières sorties culturelles. C’est aussi la période de mon premier diplôme, de mon premier stress d’orientation pour aller au lycée…et enfin mes premiers pas vers ma vie d’adulte.

Après avoir quitté cette ville pendant plus de 20 ans, aujourd’hui, j’habite à 2 minutes à pied de ce collège et je passe presque tous les jours devant. A presque tous les passages, j’ai des flashs de cette période importante. Des sourires et parfois des fous rires me gagnent. 

18h, ma montre connectée sonne la fin de la récré. Je me lève doucement, je déambule dans les couloirs, je découvre avec fierté des affiches de notre prochain atelier d’écriture “LesPtitsEcrivains” que nous avions transmis à la Directrice… un autre projet, une autre histoire.

Je reviens progressivement et doucement à la réalité et je retrouve les petits Courbétiens pour clôturer notre atelier, peu fiers du travail fait.

Une journée anodine pour certains, une journée d’une intense jubilation pour moi.

On en finit jamais de cultiver son jardin.

Mes racines, mon jardin à moi.

M comme Mai M comme Merde

– By Cathy BOU –

Premier réveil, derrière les barreaux, le temps de la liberté et pourtant il est temps de sortir.

Hier soir, j’avais encore la gueule de bois. La journée avait été difficile. Mon esprit vagabonde, les fenêtres laissent entrevoir la lumière du soleil levant. Que de chemin parcouru depuis la veille au matin ! un footing, une chute puis deux et ce pétage de plomb en plein milieu du hall de l’hôtel devant cent cinquante personnes. Ma tenue de sport affutée et fuselée détonnait dans cette ambiance de séminaire. Ma vue était engoncée dans ma casquette me permettant de voir sans penser être vue. Et pourtant j’étais le centre de l’attention. Heureusement pour moi, ils m’ont sauvée, sauvée de la rue, de cet espace de fausse liberté. Sans eux j’aurais pu me perdre dans les méandres de la côte Chypriote loin de tout, et je serai devenue une sans abri, anonyme, sans papier ou encore sans passé ni futur, avec pour bagage un présent de merde. 

J’aurais pu déambuler sans histoire,  sans tête non plus, je l’avais perdue durant le footing

J’aurais pu me contenter des restes des hôteliers de proximité, manger avec les mains, et la tendre sale pour récupérer deux pauvres pièces. J’aurais pu dormir dans une porte cochère grelottant sous la fraîcheur nocturne, comme mon Francis accroupi dans le métro. J’aurais pu boire à toute petite lampée les quelques flaques du caniveau. Au lieu de cela, à travers des barreaux, je vois la liberté qui s’éloigne. 

Je suis cloîtrée dans cet hôpital psychiatrique. C’est mieux que la rue comme il dirait ! Mais quelle merde !

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