J comme Janvier, J comme Joie

– By Nour KHALFAT –

4 °C, quartier de la Défense. Une belle soirée d’hiver en très bonne compagnie. Un bar panoramique avec une vue époustouflante sur Paris. La séance photographique virevoltante et colorée se poursuit une bonne partie de la soirée au milieu des grattes ciels. Attablés à la terrasse chauffée, nous refaisons le monde, nous nous jurons de changer ce monde. Nous sommes convaincus de nos dires. 

Je chevauche ma K1600 pour déposer Madame à Saint Ouen, le froid est prenant. Je fonce sur la Porte de Saint-Ouen pour récupérer le périphérique.  Des ombres se meuvent sous le pont. Le camp des Afghans m’apparaît. Ils sont deux cents entassés de part et d’autre de la rue sous des Queshua. Je m’arrête au bout de la rue, je me gare.

Le camp semble vidé des ses habitants. je dégaine mon appareil et je filme. Un petit chemin traverse le camp pour laisser les passants gagner le métro. Je filme, je filme, je marche, je filme. Des têtes sortent des tentes, je continue en ligne.

Je devine un attroupement au bout du camp. Le ton semble monter, des cris…des Afghans viennent à ma rencontre. 

  • “Are you a journalist?”
  • “No, just a citizen, I take photos and films to show your situation”
  • “Come on, come on”

Ils me pressent. Je les filme en courant. J’appréhende la situation, les voix sont de plus en plus fortes et de plus en plus agressives. Une dispute ? une rixe ?

Un lampadaire embrase la scène, je suis l’attroupement très énervé de jeunes Afghans. Ils offrent à mon entrée fracassante la vue d’une patrouille de police insultant avec aisance ces réfugiés. Caméra au poing, je vise le policier à la calvitie ambitieuse agrippant les jeunes agités. Je me souviens des aventures de Pavel, le réfugié politique Cubain

Gênés, ils adoptent la posture emblématique.

  • “Monsieur, la caméra ! ”
  • “Je suis journaliste !” la caméra tourne…
  • “Ils ont allumé un feu pour se réchauffer. C’est interdit.” 
  • “Cela justifie t-il de les insulter et de les bousculer comme ça ?” la caméra tourne…

Je réalise que les uns ne parlent pas l’anglais et les autres le français. Fort de mon franglais et de mes années de négo avec les labo de Big Pharma, j’endosse ma cape de médiateur. D’un revers, je ramasse la première bataille. 

De ma tour, je pose une attaque verbale blitz couronnée d’un coup chevaleresque et foudroyant… Échec et mat.

Abandonnés, malmenés, isolés, les policiers sont débordés, livrés à eux mêmes, comme ces réfugiés. Deux mondes s’opposent et se rapprochent : l’un fuyant une guerre banale et l’autre, sa journée banale. 

Tous se retrouvent à 1h du matin, singlés, sous un pont balayé par des rafales de vent. Autour d’un café chaud, les uns content leurs périples, leurs voyages, leurs vies passées dans un pays ravagé. Les autres découvrent des hommes mordants pour leurs survies, leurs vies. En fond, se jouent les musiques des pays. Une trêve, une réconciliation éphémère, et sous la collusion de Johnny Hallyday et d’un groupe folklorique au nom imprononçable, la foule se met à virevolter, sous la visée de mon objectif.

Une liesse de compréhension réciproque envahit tout ce petit monde. Le sentiment d’avoir atténué certains démons, certaines peurs, certaines frustrations …celui d’être orphelin de son pays ou de sa mission. Cette impression s’efface sous les pas de danse chaloupés ici et là, des applaudissements là-bas, une scène surréaliste…

Une guerre battue par la joie.

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