J comme Juin, J comme Jeu de dupe

By Cathy Bou –

Assise en tailleur à la sortie du Leclerc de Clichy/ Saint Ouen, contre la balustrade du métro Ligne 14, fraîchement arrivée, Aïcha tient la pancarte serrée contre la poitrine. Preuve de son origine, passeport pour la compassion, elle ne veut surtout pas la perdre. Son gamin, Amir, joue avec un caillou juste à ses genoux. Engoncé, la casquette à l’envers, ses joues sont tracées d’une larme poussiéreuse. le nez renfrogné coule. Les doigts noircis traînent de la bouche au caillou.

Je les vois et pourtant je passe mon chemin, le regard fixe. 

Ne surtout pas croiser le sien, éviter toute humanité entre nous.

Une pointe de culpabilité me transperce, et pourtant j’avance comme une automate. 

Ne pas s’apitoyer et se trouver toutes les excuses du monde : je n’ai pas de pièces dans mon sac ! je ne sais pas si elle ne fait pas partie d’un réseau organisé !

Oh mais que de préjugés ! Mais d’où me viennent ces pensées saugrenues ? 

Moi d’abord :

j’ai besoin de la dernière pièce au fond de mon sac pour MA baguette de pain ou encore, pour la consigne de MA salle de sport. 

Moi, d’abord:

je suis pressée, stressée, oppressée, je ne vais pas prendre 30 secondes pour donner cette miette qui s’évapore en quelques secondes, elle est mieux au fond de MON porte monnaie à dormir.

Alors un jour, je déciderais que MA balade quotidienne m’amènerait jusqu’à elles. Chaque jour, je leur donnerais ces pièces pour qu’elles cliquettent dans la sybille de fortune. Je prendrais du temps pour discuter avec eux, jouer avec Amir. Je prendrais du temps pour préparer une bonne soupe ou un gâteau, oui voilà un carrot cake. Une lueur traversera leurs regards et là je me sentirais toute puissante, pour que la seconde d’après je me trouve minable. Minable de profiter de cette solidarité pour servir mon égo intempestif. Comment me réjouir de faire l’aumône ? Comment savourer cette aide et en tirer un profit sournois ? La seule joie à vivre devrait venir de leur réussite à sortir de cette fichue situation, la balustrade du métro près du Leclerc de St Ouen, à quelques centaines de mètres de chez moi. Parfois, Aïcha tient un bébé dans ses bras, mon cœur s’attendrit et se durcit dans la seconde qui suit.

Voilà j’ai continué ma route et je ne suis pas encore revenue spécialement pour elles.

Parfois pour m’acheter une baguette je plonge mes doigts à la recherche de la somme salvatrice de un euro dans le pot à l’entrée de ma demeure. Chaque fois, l’image de Aïcha, Amir et le bébé me saute au cœur, chaque fois il se serre et se desserre. Inlassablement, la honte m’assaille mais très vite s’évapore. 

En écrivant ces lignes, je perçois le désespoir, le fardeau et la douleur de ne pas agir, de laisser pour compte chaque jour dans le métro, dans la rue les plus démunis. L’inaction nous durcit à petit feu comme les (œufs) durs de Nour alors que notre cœur est mi mollet. Une action bien organisée, bien dressée nous permet d’être aligné. Je milite avec le MFRB Mouvement Français pour le Revenu de Base, j’ai donné ma plume pour une nouvelle, et j’œuvre auprès de mes complices d’Humanity France pour les plus démunis. Je rêve d’une éradication de la misère par la mise en place, entre autres, d’un revenu de base inconditionnel, inaliénable, universel…Vous voyez le lien ? Sans cela ma vie aurait peu de sens.

Malgré tout, les pièces attendent sagement le prochain changement de monnaie.

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