J comme Janvier, J comme Justesse

– By Cathy BOU –

Rendez-vous le jour de Noël, Place de la République. Plusieurs associations ont décidé de faire une grande maraude, et je viens, comme souvent, avec Kheira, Bty, Patrick, Elias, Rachid, Hakim et Tahira.

J’y suis déjà, quand la nouvelle arrive, bonnets moutarde, écharpe, mitaines assortis,. Elle observe de loin, je la regarde droit dans les yeux, elle ne me calcule pas, encore une snob qui vient s’acheter une conscience, un jour de maraude.

Moi, je suis cabossé, j’en ai tellement fait avec Kheira, toujours fidèle, même si parfois je dois écourter et oui, des impératifs, on en a tous !

Y a Elias, celui-là il en a essuyé des galères, pire que le sopalin de la cuisine de notre moutarde. Il a même connu la rue avec comme adresse de domiciliation le CCAS, lui aussi il est abimé, maintenant il est chef d’entreprise, une auto-école, la classe…

Tiens voilà notre Pamela qui fait la manche, toujours la pointe d’humour au bon moment, Hachim ou Francis Lalanne, une perle au grand cœur, sous les regards vigilants et justes de notre photographe Nour et de notre vidéaste Makanfing.

Et là c’est Tahira, elle donne les consignes, nous voilà toutes et tous au garde à vous, elle en impose du respect, elle est volubile, un tantinet exubérante mais attachante on pourrait dire. Elle virevolte – comme dirait Nour aux commandes – autour de nous, généreuse de son temps, de son esprit, distribue les sacs bleus d’Ikea bien pratiques. Chacun prend sa part. La photo de famille et nous voilà partis pour la gare d’Austerlitz.  

Avec précision, chaque bénéficiaire ne prend que ce dont il a besoin, avec élégance et politesse, “non merci, juste un sucre, juste le savon, non merci je n’ai pas besoin du déo, non juste ce bonnet, le pull est trop petit, gardez-le pour un autre.” Et cet ami qui nous offre une boîte de chocolats et de la mousse à raser en échange de notre colis de Noël.

Une justesse si pure, si forte, si étonnante, si inhabituelle; nous, les visibles, on amasse, on entasse, on garde, une robe noire et puis une autre noire aussi, mais elle n’a pas la même forme, voyons! 

Un joli sapin de Noël devant la Queshua rappelle la date, décoré avec goût, sous la bonne garde du petit chien. 

Le poste de police, c’est perpet pour Bty qui reviendra avec les thermos emplis d’eau chaude et le sourire accroché aux oreilles, les yeux lumineux de cette trouvaille incongrue.

Une maraude de 5 heures, vidé mais heureux, j’en ai plein les pneus ! La main de Kheira n’a pas lâché ma poignée avec amour, c’était bien, avec entrain et précision.

Rendez-vous le dimanche 10 janvier Gare de Lyon, la maraude commence par les présentations de ces demoiselles encore lycéennes, Léa en tête : elle a organisé la collecte des kits d’hygiène, juste la bonne initiative, et la petiote de l’asso Juliette au large sourire, généreuses les filles !

ça caille, la nouvelle de la dernière fois est revenue avec un bonnet et une écharpe bleus cette fois ! Des gants bariolés assortis aux chaussures qui font penser à Elmer, une vraie bobo celle là et bien sûr elle ne me calcule toujours pas, pas un regard pas même en coin, pourtant elle a ramené mon frère.

Je ne me froisse pas, je reste droit dans ma carcasse, tant que Kheira ne m’oublie pas au coin de la rue, tout va bien.

Revenons à notre aventure du jour, les anciens Elias, Mehdi, Pamela, Hachim, Kheira, Mouna et bien sûr Tahira montrent avec justesse la voie aux jeunettes et à la nouvelle aux chaussures d’Elmer l’éléphant.

Le bon ton, la bonne approche, pas trop près, avec gentillesse mais pas de pitié, offrir un café, un thé avec ou sans sucre, un cadeau, un kit d’hygiène, des bonbons et savoir garder intacte la dignité de notre bénéficiaire.

Mon frère propose de l’eau chaude pour le thé et le café, posé au milieu de la place, le groupe attend la venue des amis, invisibles à l’œil nu, ils arrivent toujours seuls ou à deux, hésitants, discrets tant est si bien qu’ils sont fondus et perdus dans la foule. 

Et puis, mon frère m’a raconté, j’ai du partir à 13h45 Kheira avait un rendez vous à 14h00, le pote de Marco a saccagé le moral de la jeune troupe avec ses insultes, ses vociférations, il avait faim et nous n’avions que des bonbons, du chocolat et du déo; ça, ça l’a rendu agressif, on peut le comprendre, vaudrait mieux, à midi, porter à manger bien solide ou chaud de la soupe, des sandwichs, ce sera pour la prochaine fois et je serai ravi de sentir la baguette fraîche.

Une maraude de 4 heures, vidé mais heureux, mon frère en a plein les pneus ! La main de Cathy n’a pas lâché sa poignée avec amour, c’était bien, avec entrain et précision.

Alors qui suis-je ?

2 commentaires sur « J comme Janvier, J comme Justesse »

  1. Que de souvenirs magnifiques, et quelle belle prose félicitations tout y est l Amour la Dignité le besoin de comprendre et de se rapprocher de l autre.  Faire émerger l Invisible dans le  Visible et se fortifier de toute cette énergie circulant qui rechauffe le Cœur et les ÂmesEnvoyé depuis mon appareil Galaxy

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